La disparition des Lucioles 11


Devant cette porte, je suis prise de l’envie irrésistible d’essayer l’œil de maton. J’ai franchi les grilles ouvertes de la détention et je suis dans le quartier mineur. Je m’approche alors que les visiteurs filent. Dans les cellules précédentes étaient présentées des œuvres d’art réalisées par des détenus du nouveau centre pénitentiaire du Pontet. Nous sommes dans la prison Sainte Anne d’Avignon située le long du rempart et de la roche, autre lieu «improbable» qui accueille une expo d’art contemporain. Elle a fermée ses portes le 26 mars 2003. On y projeta d’y faire un hôtel de luxe ce qui était sujet à controverse parmi les avignonnais. Finalement la prison est devenue musée. C’est une des rares prisons construites à des fins uniquement carcérales (et non pas un ancien couvent, un hôpital ou une caserne militaire).

Cette photo provient du blog dont le lien est ici. 
Il y a d’autres photos très belles de l’expo
Les bâtiments humides sont très décrépis donnant une image étrange de ce que peut-être la prison moderne. Pour avoir pénétrer en détention (pour le boulot) dans d’autres lieux, je peux vous affirmer que l’état des murs n’est pas si lamentable. Bref, ce n’est pas des conditions de détentions dont je voulais vous parler. Mais ce bâtiment garde les indices de la vie internée : des plaques bois qui accueillaient les fiches pour le «cantinage»,  des consignes pour le téléphone, ou des porte-fiches à l’entrée de la salle de cours. Au milieu cette prison fantôme, des œuvres d’artistes. Chaque cellule est investie par un travail d’un artiste. Je ne peux vous résumer les quatre heures de visite nécessaire pour tout voir.

L’œil de maton,  de cette porte en bois qui m’évoque les cachots moyenâgeux, m’appelle donc. Je regarde par le trou. Un corps, qui n’en est pas un, s’expose, impudique, aux regards. Je tombe amoureuse de l’érotisme transcendant de cette une sculpture qu’on ne peut découvrir dans son ensemble.  Ne rien montrer et tout voir. Être frustré et faire travailler son imagination. Ne pas pouvoir toucher et contempler jusqu’à ce que l’infini intouchable ait gagné. Nous sommes réduit à l’état de voyeur, par ce fameux œil de maton. Et c’est peut-être là l’essentiel de cette œuvre non figurative.
Photo by me

 

L’œil de mon appareil a figé le mouvement que mon corps faisait pour essayer de voir. De voir l’impossible tout, de comprendre cette forme sans genre. Elle m’a plu. Et pourtant, si la porte avait été ouverte, si je l’avais vu nue et complète, si je n’avais pas passer du temps à apprivoiser ses formes, son corps rugueux, dévorer ses lignes d’un œil curieux, je l’aurais probablement pas (autant ) aimée.
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Plus loin, d’autres portes, d’autres œils de maton, jamais le même émoi. Une fois j’ai souris, mais l’appareil photo ne peut rendre ce que j’ai vu : un œil encerclé qui m’a fait penser à celui de CUI
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Dans la cours de promenade réservée au mitard (si mes souvenirs sont exacts), une installation suspendue au filet anti-hélico, fait bouger la lumière. J’en tombe amoureuse (re) dans l’instant. Cette œuvre qui parait plaire à tous, petits ou grands. Chacun tente de la saisir avec son appareil photo. Mais voilà, c’est bien cela qui me plait : elle est éphémère, impalpable. C’est la nature qui lui donne vie, qui la transforme sans cesse de façon aléatoire. Les deux photos suivantes vous donneront une idée globale de cette installation sans pouvoir vous en resituer la vie ludique et gaie. Car c’est à chacun de faire l’expérience de cette sensuelle lumière vibrante.
Photo de JCBOQUET

Comme les autres, j’ai tenter de saisir l’impossible (d’autant plus impossible sans reflex et avec l’œil retorse de mon phone)

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La disparition des lucioles
Prison Sainte-Anne, 55 rue de la Banasterie, Avignon

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