Jouir d’Or 5



Entre vos doigts, je suis Cléopâtre, reine de mes sens, lascive de nuit et faible de la chair. Elle chante, la cantatrice, et ses mots entre, deux doigts, me parviennent, précis. Vous sexplorez, je vous guide à peine, je vous sens tâter la droite ou la gauche, la vitesse ou la lenteur. Vous emplissez mes sens. Je ne vous aiguille pas, j’abandonne le présent pour le retrouver ailleurs. Il est de l’or au bord de mes seins, de l’or entre mes seins, de l’or en haut de mes cuisses, du nylon le long de mes jambes jusqu’au bout des orteils. Il est un doigt, ou deux ou trois et mon esprit allongé à même la laine rouge.
Hier encore, trois siècles d’autrefois, sur le tapis rouge, vous me demandiez, qui du beurre ou de l’huile viendrait réjouir nos ébats. Vous aviez tiré les cheveux et empalé la garde, râlé de grâce et pris la monture, fait sourdre les humeurs et repris la pose, râpé mes épaules et enfoncé jusqu’à la pierre de la cheminée, mais il vous fallait encore l’huile ou le beurre.

Au début, négligé sur canapé, ce petit bouton bourgeonne entre les plis de ton peignoir. Petit bourgeon timide encore grandis sous mes yeux ravis. J’arrose du regard sans toucher, je t’arrose de désirs. Pousse encore un peu, petit bourgeon, pour que mes yeux s’y fichent, impudiques. La joue contre ton épaule, ton sexe contre ma main. Mes doigts jouent et mon désir se réveille. Tes doigts jouent sur mes tétons et mon désir se cambre. Là dans ce canapé, à moitiés installés, à moitiés habillés, là se joue l’amour. Le vin est bon, il délie les arcanes de mon cerveau, il donne le temps à mes nœuds d’habiter ta présence.

La joue râpe le tapis rouge, encaisse ton sexe, encaisse ton désir, encaisse plus fort encore. Cambrer les reins sous la jupe retroussée, cambrer plus profond pour que tu pénètres jusqu’au cerveau. Mon cou s’arque sous tes mains. La pierre froide est un appui stable pour tes assauts impatients. Pousse au fond, ton sexe et tes couilles battent la mesure du temps volé. Une bougie aux senteurs chimiques agace mes narines. Je veux les parfums acres de nos sexes en fission. 
Las, tu t’assois, toute bite dehors. Là je m’assois à tes pieds sur le rouge moelleux. Là je dépose mes phéromones, petite chatte caressante. Là je glisse ma langue, j’entrouvre les lèvres sans te saisir, je baise ta hampe frémissante, tu miaules petit chat pris dans les phares du désir. Savourer tes arrondis, parcourir le périnée mais aimer ta peau surtout, partout.

Là, vous vous asseyez, et mon pied nacré rouge, érotise vos sens et votre sexe s’enhardit. Mon pied n’est rien, ne fait rien, c’est votre imagination qui bande, fort et dur. Mon autre pied se pose au bord du périnée, le gros orteil trouve un creux accueillant. Vous lâchez vos prises. Vous détendez vos cordes vocales. C’est votre être qui tremble.

Hier encore, ma main agitait ton sexe, jouait avec tes limites, frustrait ton jus enfoui. Hier encore, dans ce temps inconnu, j’avais refusé ton plaisir suprême. Je le gardais dans mes trésors. Là à l’entrée de toi, là sur le canapé rouge, glisse mon doigt huilé, pénètre la chambre noire, aspire la magie. Tu t’ouvres mon amour, tu palpites, tu geins. Va, va, monte loin, descends dans les profondeurs, largue les amarres. Ta chair est accueillante, ma main généreuse. Là cette petite bille interne. Tu as disparu et je dois lutter pour conserver ma place dans la forteresse des plaisirs. Que ta jouissance soit fluide et joyeuse !

Alors même que sa voix cristalline transperce les airs, loin des abat-jours, mon corps ondule sur le tapis rouge. Je lâche mon esprit, mon corps avance sur le sol. Mon dos se vrille, mes mains saisissent le fauteuil. Petite chatte sautée, je pleure de plaisir. Tes doigts chafouillent toujours. Je me tors. Ah !

Elizabeth Taylor joue Cléopâtre

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5 commentaires sur “Jouir d’Or

  • Paul A

    Ah, être le tapis, tapi près de vos boucles, enroulé dans vos gémissements, qui ne le rêve pas…
    Vous tenir la main pour les passages au dessus de l’inconnu.
    Voler avec vous, atterrir dans votre éden.
    Merci pour votre intense invitation au voyage!

  • Pierre qui R

    Pfffff… Une amante, une liane du bonheur, voilà ce dont rêve tout homme.
    Une abeille qui récolte les nectars, une cléopatre qui ordonne et obtient, une onde rafraîchissante, un sourire immortel, une voix pénétrante et une voie pénétrée, un sceptre brandi et branlé, un havre, une baie, ou mouiller le navire…
    Voilà ce que vous paraissez être, Marie…