Crush trop


Mes hanches aux tiennes dansent. Rap mon corps, rap sur planche. T’es baskets sur sol, t’es mots du sexe, t’es judo claqué au sol, t’es seins sur les miens, t’es sueur contre peau. Les baskets glissent un pas après l’autre. Fascination. J’suis là, dans le public, pire qu’un mec cis, incapable de matter ton travail. Tes cheveux courts, ta nuque, ta voix, tes mots.

Ma tête est raisonnable. Ce n’est pas parce que tu parles de cul que tu es ouverte à n’importe qui et n’importe quoi. Tu n’es pas seul.e sur scène. Elles parlent de sexualité aussi. Elles sont douées aussi. Elles disent le désir avec force. Le non désir aussi.

C’est un crush, incapable. C’est la trouille, immense. Tes pieds dansent, tes mots râpent, intime, touchée. Est-ce toi ? Est-ce l’image de toi ? Depuis la première fois où je t’ai vu, crush au corps.

Un jour, il faisait beau, je faisais du vélo. Une histoire banale, raconte pas ta vie, meuf. Je t’ai croisé en ville, sur la place. Il y avait des jets d’eau, du soleil et des gens. Bien sûr que je ne me suis pas arrêtée. Le désir quotidien bricole sur les pavés.

J’aurais voulu te regarder sans que tu en sois géné.e. Tu n’es pas là pour moi. Tu fais vibrer la salle. Les planches sont du lino. Les micros répercutent ta voix. Tes pieds dansent. Je ne sais pas danser.

Mes hanches aux tiennes raisonnent.  Je suis tes baskets noires, je suis tes cheveux courts, comme un garçon. Mon premier jeans acheté au rayon homme hante la bibliothèque. Je ferme les yeux, la musique s’enfonce, doigt dans mon con. Sur les photos de toi, je n’irai pas jouir. Je ne veux pas que tu puisses me voir. Devenir un coussin mauve. J’ai le regard désir. Je veux le ranger, l’abandonner entre deux encyclopédies. Je me concentre sur les autres. Je suis à la messe où tu es un enfant de chœur prisonnier de mes rêveries. Je ne te veux même pas. Je m’en veux de crusher, assise dans un train de mer.

Je n’ai pas jeter ce magazine car il contient une photo de toi. Crush nawak.

Un jour, il faisait frais, j’etais venue à vélo. Je devais lire mes mots à la foule. Je t’ai croisé dans le café, bien sûr que je t’ai rien dit. Je ne savais pas que tu serais là.  Je voulais ranger mon regard désir. Je voulais que tu m’entendes Il y avait des gens, des mots et des bières. Géné.e, tu t’es arrêtée. Tu m’a dit « salut ». J’ai douze ans. Je veux me fondre dans le parquet.

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Illustration : Maïc BATMANE

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