Clochette câblée 8


fee

C’est un elfe, c’est mon elfe encore, c’est faux, mais c’est un autre. Il revient la bonne étoile, il revient sous des formes éphémères, il revient toujours aux doigts de fée, la fée du foyer, gender fuck aussi. Toi mon sein ne t’emballe pas, s’il te plait reste terre, s’il te plait ne décolle pas du sol, ne me suspends pas aux polyphonies des corps ni aux polysémies de tes sens. Garde-moi au sol. Garde-moi au sol ou soulève-moi à peine pour soulager ma folie.

Je veux m’arracher à cela, je veux m’arracher du cosmos, je m’arracher mais je suis liée pied et point aux elfes des contrés, à l’idée même des elfes, ou à mes émois propres. C’est naturel en fait comme si ça devait toujours être dans le hasard, j’ai cru ne jamais venir, mais c’était sûr que je viendrais, c’était sûr et mon amie, ma belle amie, mon amie, devant la maison je l’ai vu mais rien, rien du tout, je suis là c’est tout. Au téléphone, sa voix ne me dit rien non plus. Je viens sans rien attendre, ni savoir, dans l’inconnu des gens souvent je vais sans rien, rien n’attendre. L’escalier on pourrait, je sais, on pourrait attacher quelqu’un, moi par exemple, on pourrait attacher quelqu’un mais c’est juste une idée comme ça, une idée collée à l’escalier. J’aime les escaliers, être attachée à un escalier, j’aime.

C’est un elfe, et je suis partie encore loin. Ici, il n’y a pas la mer, ici habite la pierre de taille, la caillasse du sol, les murs rugueux. Il a dit rugueux ou doux. Il a dit ça. J’ai dis rugueux. Sans réfléchir, sans savoir tout encore.

J’aime dormir nue, emmaillotée dans un drap blanc qui n’a plus aucune attache avec le matelas. Mais au petit matin, ou à la nuit chaude, ou quand le sexe s’anime, je jette l’enveloppe. J’aime être embrassée, au premier sens du terme, collée contre votre torse, baume de tendresse. Mais demain, j’aurais besoin de voler hors de ton corps, d’explorer les autres rivières jusqu’à la lie.  J’aime être sous votre emprise, empaquetée dans vos fantasmes. J’aime le cuir ou le jute, j’aime le parfum capiteux du chanvre et l’odeur du miel satiné. Et demain, dans la course lente de la lune, j’aurai perdu le parfum du lys.

Ce n’est pas une corde qui s’enroule, ce sont mes énergies qui se centrent. Ce n’est pas du chanvre qui enserre mes poignets, c’est la vie qui revient vers mon cœur. Alors, le corps s’évade, chaque nœud ouvre la porte, chaque souffle se fait constellation. Au moment précis, où les feuilles bruissent provoquées par le vent nocturne, a cet instant-là, j’étais ailleurs. La corde a tendu une image, le vent a déposé une grande forêt de résineux flous, une forêt souple à la résine collée.

J’ai perdu de vue les cheveux d’or frisés comme la boucle. J’ai perdu le son du port, et la lumière de la nuit. J’ai perdu le dos couché contre le chanvre gris blanc, j’ai perdu l’espace entre le sol et la cheville. J’ai parcouru la distance entre mon corps et mon âme. Et je n’ai rien fait, juste respiré entre des doigts de fée.


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