Archives du mois : avril 2016


La fille de Poséidon 2

Au départ, ce genre de fille, ce n’est pas came. C’est comme ça qu’on dit dans les polards où le héro est un homme mal léché, à l’appartement jonché de papiers, de cendriers froids et de vaisselle à faire. Disons que cette fille, de but en blanc, je n’aurais pas misé un coquillage dessus. J’ai préféré sa voisine de table, fine, teinte en blond finaud pour couvrir les premiers cheveux blancs. Ses boucles d’oreilles longilignes et rectangulaires scintillent dans le soleil. Et moi, je me perds dans ces lueurs fluides. Cette voisine porte la grâce de l’originale assimilée. Je jouis des effluves de sa présence. En silence. Et moi, parmi […]


Bonbons à la violette 2

L’enfante arrive vers moi, du fond du jardin. Neufs violettes, c’est le cadeau qu’elle m’offre. Je n’ai jamais aimée dire «mon» enfant en parlant d’elle. Elle ne m’appartient pas. Elle est une fille que la nature m’a confiée sans vraiment me demander mon avis. Je la regarde s’avancer, pleine de vie, avec son printemps au bout des doigts. Du plus profond de mon cœur, montent des larmes que je parviens à maintenir au coin de l’œil. Je revêts mon sourire le plus assuré, puisé dans le théâtre des parents. Il me faut accueillir son destin qui bourgeonne. Un clignement de paupières, et j’entends l’orage qui ondule dans la plaine, il […]


One string 3

Ses doigts montent, descendent, hypnotiques pincements de la corde sensible. Avec lui, le plaisir est rond, ample et profond. Je suis au cœur des semblables corps de bois. Ses doigts tressaillent et l’archet caresse chaque émoi, tour à tour. Au milieu des cordes, il pourrait être sur mes genoux, sous le plafond de bois aux caissons italiens. Il emporte  les âmes aux tréfonds de la reconnaissance. Dans les cieux aigus se faufilent les variations intemporelles. De bas en haut, sans autre marque que le travail  fastidieux de la minutie, le son s’arrondit entre mes reins. Le soleil cligne mes paupières tandis que l’archet dessine des frissons sur ma peau. Variation […]


Fleur d’Oranger 2

Sur mon lac courent des mains puissantes ou douces ou chaudes ou fraiches ou fines ou larges. Les yeux fermés, les sens se vivent à l’aveugle. Au bord de mon oreille crépite un feu sous un dôme de verre. Les bûches se fendillent, sa bûche se tend. De l’huile d’argan venue avec les hôtes de ces lieux, de l’huile de fleur d’oranger venue dans la valise d’Oran, de l’huile s’incorpore sur ma peau. Et cette main large qui se compte en année déjà, cette main loge mon corps. Elle modèle chaque parcelle de mon dos, elle détend mon cou. J’aime cette main. Couché sur les flots sensuels, mon corps se […]