Vulpes 2


De sa langue, il ouvre grand ma plage. Ses doigts m’emmènent sur le sable si dur de mer retirée. Nos semelles s’y enfoncent à peine. Sous nos pieds crissent les coquillages abandonnés. Mes cuisses sont aussi large que l’horizon. Dans la ligne de fuite, trois cylindres se dessinent dans l’air camaïeu. Des mouettes et des goélands se jouent des vents ardents. Je ferme les yeux. Le beige et le rose se mêlent en une danse tandis que la pluie perle sur nos manteaux de fourrure. Sais-tu comme les jeux des corps m’ouvrent d’immenses paysages ?Je vois la mer tandis que ma main se promène dans ses cheveux frisés. J’aime m’y perdre.

Tout au bout de la jetée, il nous faudra dépasser la tempête de sable pour accéder à son phare. La nuit viendra et nous ferons tourner la lumière verte tout au bout du phare. Sous ma paume, il est dur. Sous ma main, sa joue est douce.  Apprivoisons la queue du Renard avant qu’elle ne tombe sur le goudron, décrochée sous les coups du vent. J’ai pris ta queue, ai-je dit. Je l’ai ramassée sur la planche de bord, surf à rayures blanches et rouges. Je la tiens entre le pouce et l’index.

Entre ses cuisses, je glisse la langue. Elle tourne, vagues enivrantes. Mes mains caressent son torse jusqu’à ce qu’il dépose, enfin, sa tête sur la rive. Je jette un coup d’œil, furtif, je ne voudrais pas déranger son abandon. Ma langue s’entête, là-bas au bord de l’anse. Il soupire quelque part sur la jetée. Le vent nous pousse si fort que nous pourrions rouler dans l’écume, tout en bas. Tandis qu’il ferme les yeux, je contemple sa respiration. Son torse est beau, adjectif simple et joyeux.

La route roule vers les vagues. Au loin des huitriers sauvages se maquillent comme des poissons volés. Nos corps tanguent la danse de la joie.  Mes joues rougissent, dit-il. Je n’en sais rien, je ne vois que sa barbe nue. Au petit matin, la lumière perce le store et nos mains encore cherchent les étendues de sable fin. L’amour à la plage est un aussi beau mirage que celui de s’endormir l’un contre l’autre.  Midi nous surprend sexe contre sexe dans la moiteur des cafés délaissés. Même le chat sait qu’il ne faut pas déranger les amants des longues matinées. Je n’ai pas entendu les mouettes ce matin. Ni les récriminations de la voisine. Il nous faut ramasser la couette et l’oreiller tomber aux champs des ébats. Et sourire à dimanche.

 


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