Vous avez dit caviste ? 20


 Ok, ok je vais acheter mon vin chez un caviste. Ne crie pas comme ça.

Après tout, tu as raison, un caviste c’est comme un libraire. Il connait ses livres et saura me conseiller  selon mes goûts et ma curiosité. Disons que le supermarché met ses fifty shades of pinot grey en tête de gondole.

Soyons clair, mes mots sur vin se résument à «rooh putain, c’est bon ».

 Un jour, un homme m’a versé le vin ci-dessous. Après avoir fait tourné le vin dans mon verre en le tenant par le pied (oui je lis un blog passionnant qui m’apprend la vie sans y aller avec le dos de la cuillère), après m’être réjouit de ses vapeurs délicates, ce vin là m’a fait « il est super bon » :

 (Celui qui me demande s’il était minéral, vineux ou je ne sais quoi, je le maudis jusqu’à la quatrième génération. Je n’en sais fichtre rien)

L’homme, tombé dans le vin quand-il-était-marmot-ça-aide, n’avait pipé mot. Il a attendu que je goûte. Puis, il a déclaré avec un sourire humble et sûr de lui : c’est un vin argentin, des vignes achetées par un français et laissées en jachère pendant dix ans. Cré vin diou ! J’aurions pas cru. Me laisser surprendre, découvrir, voilà ce que j’aime. Puis, affiner mes sens et mes goûts avec l’expérience. Ils étaient bon. Suaves, souples et simples. Tous les deux. Deux belles découvertes.

*****

Donc, je décide d’aller chez un caviste avec toute ma bonne volonté, mon envie de découverte et mon inculture notoire. Pour apprendre il faut demander à ceux qui savent, non ? Et j’aime tellement écouter ceux parlent avec passion de leur métier. Go !

Mon ambition est simple : prendre mon pied dans un verre de vin.

Me voilà dans un hall, telle Perrette et le pot de vin (oui bon). Un monsieur me fait descendre dans son antre. Les bouteilles sont allongées, maquillées d’une lumière tamisée, le cul (de bouteille, ho !!) légèrement penché vers le visiteur.  Ils ne leur manquaient plus qu’un déshabillé (oui bon bis). Je suis impressionnée par tant d’œillades sans pour autant en oublier mon objectif : découvrir un nouveau vin blanc.

– Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
– Je viens acheter du vin.
Je kiffe dire cette banale évidence qui donne l’occasion au maître des lieux de montrer ses talents humoristiques ou pas. Là c’était «ou pas».
Reprenons
– Je voudrais une bouteille pour une soirée à deux (petit rire gras et libidineux du monsieur) mais je ne veux pas de champagne, plutôt un vin blanc pas trop sucré.
– Pourtant le champagne est ce qu’il y a de mieux pour ce genre d’occasion.
Certes, monsieur, certes.

– Je veux découvrir autre chose. Un vin que je n’aurais jamais gouté.

– Vous aimez quoi comme vin pour savoir quelle région vous conseiller.
Euh, je ne veux pas boire une région mais un vin. OK, j’y connais rien, je me la boucle. Tentons de percer le mystère de ce langage de métier. Restons naïve et newbie. 
– J’aime le pinot gris, par exemple, mais je voudrais gouter autre chose.
– Du pinot gris ? j’en ai par ici
– Ah oui, mais je voudrais découvrir un vin différent.
– Ben, je ne sais pas. Votre budget ?  C’est pour l’apéro ?
– Euh, non, on aura déjà mangé 
Sourire lubrique du monsieur. 
–  Vous pouvez me conseiller ? Je ne veux pas d’un liquoreux.
– Il va falloir m’aider, me répond-il.
Alors, comment dire, c’est moi qui dois vous aider ????

Je regarde ces dames couchées. Il y a des plus ou moins rondes, vertes ou élancées, avec des étiquettes une pièce, bikini ou monokini. 

– Ah, vous avez du Tariquet et du Chardonnay. Je n’en veux pas, c’est souvent servi dans les resto ou bar à vin. J’aimerais autre chose. 
– Vous voulez du Tariquet ?
– Non. Je veux autre chose
Le monsieur vient de réduire à néant mon fantasme. Mais où sont les vrais pro ? Où ?

– Vous le voulez plutôt sec ou fruité ?
– Fruité mais pas trop sucré. Surtout pas trop sucré
– Il faut m’aider, me dit-il. 
Encore ? Prenons les choses en main, sinon je vais passer la nuit, ici, et, euh, ce n’est pas avec ce monsieur là que je voudrais, euh, dormir ce soir
– C’est quoi la différence entre ces deux vins, là ?
– Le cépage est différent. Là c’est un Bourgogne et là un Bordeaux
– Et alors, qu’est-ce qui fait la différence ?
– Ce ne sont pas les mêmes cépages. Là c’est plutôt Chardonnay et Aligoté. Là Sémillon et Sauvignon
Autant vous le dire tout de suite, à cette étape de la discussion, je suis en pleine perdition dans un océan de jus pégueux. Ce langage m’est parfaitement abscons et j’ai la sensation d’écouter docteur House, un gameur, un bio-mécanicien, un spécialiste de la fission nucléaire, ou un performeur des beaux-arts : entre fascination et perdition totale [Les féministes pourront mentalement mettre des e et des féminins à tous les métiers et spécialités ci-dessus. Merci]
– Et, euh, donc, pour le goût du vin lui-même ça fait quoi ?

– Ben ça pas le même goût
– C’est à dire quelle est la différence ?
– Celui là est plus fruité, et celui-ci plus acide et sec mais il est sympa quand même

Comment ça «mais il est sympa quand même», il est bon ou il est dégueux ?

Acide et sec, ça me parle. L’étiquette est sympa. Ouais je sais, say nul de choisir sur l’apparence vestimentaire.

– Je vais prendre celui-là.
Avec le même sentiment de désarroi que lorsque je choisis au supermarché,  en lisant toute seule les étiquettes avec les baratins de cépages et de saveurs associées. Les regards salaces du monsieur en moins.
Bonne soirée, conclue-t-il avec un sourire liquoreux et gras.

La nuit fut bonne, le vin moins.

Son nom ? Au vin ou à la nuit ?
J’ai oublié le vin.
Et le caviste.


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