Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage 1


oiseau

Que tu es beau. Je ferai le tour de ton corps, sans bruit comme une chatte autour de sa proie. Je ne te toucherai pas, même si mes doigts aimeraient. Dans les magasins d’étoffes, je caresse les soies et les cotons. Il me faut toucher pour croire en toi, en la vie qui glisse sous la paume, fluide ou taffetée. Je ferai le tour de ta peau dorée, une brioche fourrée aux fruits confis, melons et cerises brillants. Mes talons donneront le tempo au carrelage.

Tes doigts sont des rouleaux de massepain, comme dans la chanson de l’enfance. Ils sont doués d’une force invisible à qui les croiseraient sur un clavier de travail. Ils ne sont pas fait pour les touches des algorithmes. Ils ne sont pas fait pour polir des carrés de plastique avalant les tortues. Ils sont fait pour emboiter des cailloux secs. Quand il sera temps, je te donnerai mes pieds, pour que tes mains fassent leur besogne. Tu es fait pour les miracles de chanvre, toi la muse à l’odeur de Lys.

Je ferai le tour de ta peau. Je poserai ma main sur tes cheveux, avec la douceur des sauvages domptées. Tu trembles ? Alors, un sourire que tu ne verras pas sous tes paupières fermées, illuminera mon visage. Tu m’a confié le secret de tes bruissements, j’en prendrai soin avec tout mon amour de chatte écorchée. Vers toi, je pencherai mon souffle. A ton oreille, je glisserai des mots. Je voudrais caresser tes épaules, mais je n’en ferai rien. Je ferai glisser on souffle vers tes hanches, comme le cuir beige pourrait y glisser. Je pourrais mordre ton cou, mais je n’en ferai rien.

Je m’assiérai devant toi, et avant de poser mon pied sur ton métier, juste avant cela, entre mes mains je prendrai les tiennes. L’une après l’autre, je les tournerai vers le plafond. Tu les garderas grande ouverte et sur chacune de tes lignes de vie, souples ou invisibles, je déposerai un baiser. Ma tête entre tes mains, mes fesses au ciel, mais tu ne verras rien dans le noir de ton choix.

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Boileau


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