Trousser bagage 1


Partir

Derrière le rideau de pluie, tu t’en iras. Déjà parti, ton sexe en rut jamais ne s’arrêtera aux frontières des âges. Nous étions en transit, bagages posés dans l’aérogare mauve. Le ciel était vert de jalousie, l’été bientôt s’éteint. Ton vol part à l’ouest, et moi je n’ai pas encore choisi mon terminal, ni même la correspondance. Je n’ai pas  de billet en poche, tu m’a donné l’obole et les pagodes ramenées de là-bas. J’ai embrassé ta vie sur un coup de roulettes russes. J’ai voyagé, aussi. Il y avait des fêlures dans le cuir de nos cœurs. Nous avons rempli la vie de fleurs sauvages, là-haut dans les nuages de l’aérogare. Les escaliers se tournent vers le vide, il te faut partir, je sais tes malles bourrées de conserves. Tu voudrais laisser des traces dans le ciel. Mais les fumées des avions ne restent que dans les pupilles des poètes.

Je n’aime pas être sur le quai de la gare. Je n’aime pas regarder les trains partir. J’ai le cœur qui s’absente. Je rêve que mon ballot se fracasse sur le gris, au bord des rails. Je suis la valise qui reste contre le distributeur automatique. Sous ma peau, la mer déborde vers le parquet. Je suis la valise qui s’endort allongée sur les sièges d’attente. L’avion sans moi, t’embarque. Je suis une peau de crocodile en forme de seau, avec deux anses oranges pour l’emporter.

Avant le rideau de pluie, je verrai tes cheveux frisés déchirées de leurs premières tonsures. Je fermerai les yeux, et entre mes doigts je sentirai encore la chaleur de ton sexe large. Je n’aime pas les mouchoirs sur le port. Ton camion emmènera de grands cartons remplis de vestiges. Contre tes papilles, tu garderas les cicatrices de mes eaux marines. Tu es ma douleur secrète. Puis, je sentirai les parfums du muguet blanc. Et la salsa des nymphes roses.


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Commentaire sur “Trousser bagage

  • Paul Auster

    Les rails d’acier de nos trains sombres tracent de grandes griffures brûlantes sur nos peaux affamées.
    TGV ou JTV, retenez le, il va trop loin ce train d’enfer.