Translation 6


 

Je n’arrive pas à gérer la distance entre le bout de ma visière et le bombé de ton casque. L’air file sur mes joues. Trous de souris pour passer entre les voitures, trottoirs sursaut de la machine, mêmes rues d’un autre point de vue, douceur du temps, Pavés, totale confiance au conducteur, laisser aller mon corps au mouvement, laisser aller mon corps en le serrant au tien : je suis assise à l’arrière de ton scooter.  Au feu, où tu m’attends, je met de longues secondes à te reconnaître tout habillé. A ma décharge, je t’ai vu plus de temps nu qu’en combinaison de pluie.

J’aime serrer mes cuisses contre les tiennes, toucher tes flans avec la frustration d’un blouson de cuir fauve et caresser la flanelle de ton pantalon. Je fait une découverte : on peut presque avoir une conversation sur un scooter. J’adore me laisser guider par toi dans la ville. Pas guider. Conduire. Je profite de chaque parcelle de toi, le temps est compté. Après il y aura les autres.

Nous prenons un thé dans le bar aux mosaïques anciennes, or et marbre en tesselles irrégulières taillées à la pince japonaise. Il y a un monsieur derrière toi avec un œil pétillant. Je tente de planquer mon décolleté avec mon gilet. Peine perdue. Quand, je glisse ta cravate autour de mon cou, pour apprendre à faire un double windsor, l’œil du monsieur devient flamboyant. Tu es malhabile à faire glisser une cravate au cou de quelqu’un d’autre. Chacun ses savoir-faire. En fait, je ne te connais pas. Ou si peu. Ma main sur ta cuisse sous la table.

Une sylphide est entrée en même temps que nous. Elle et moi sommes en sardines dans le micro ascenseur. Je lui caresserai la cuisse dans longtemps. Très égoïstement, j’aurais préféré lui renvoyer l’ascenseur au lieu de te regarder monter les escaliers à pied. La sylphide sonne. Tu toques à la porte. On nous ouvre. Je suis contente d’arriver là avec toi. Cela me rassure jusqu’à ce que j’enlève mes collants opaques.


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