Tirer un coup


mileanme

Il mord le cou, juste assez fort pour que ma chair se prenne de désir. Il mord en préliminaire. C’est un guerrier que les dragons judicieux n’ont pas abattu, onze jours durant il a lutté. Il mord le cou, ça faisait longtemps, il dévore de convoitise. Il mord le tétons trop fort, il mord. Je râle un peu. Il sourit. Il a le sourire des poètes burinés par la mer.

Il embrasse la possession au fond des lèvres. Il écarte les jambes, trop, trop fort. Écartes dit-il, écarte encore, tiens bien tes jambes. Ses doigts dedans, ça fait mal un peu dedans, ça fait mal et ça fait bien. Ma chair crisse sous l’index et le majeur. Là, je sens, la digue qui lâche, je sens avant lui, je sens avant que l’eau coule, je sens avant même que ses doigts ne soient trempés. Alors, il s’émerveille mais je sentais déjà le lieu précis d’où jaillirait l’eau.

Il pénètre du doigt le chemin que j’avais montré. Il pénètre et j’ai mal comme si son sexe était denté. Ma chair s’écarte, s’étire, tire, retire deux cellules aux parois granulées. Je veux plus loin. Je ne sens que la douleur. Je ne veux sentir que les chairs qui s’arrachent sous son sexe, que les entrailles qui se fissurent, que le bord du con qui hurle étroitesse.Tous les plaisirs s’abiment dans le mal d’entrailles.

Il frappe fort, une fois, pour le soubresaut de mon corps, pour l’image et sa sensation à lui. C’est sous la morsure de cette main que je veux être bien plus que sous son sexe. Il tire mes cheveux à les arracher. J’ai mal au cuir neigeux. Je plonge dans cette douleur. Il demande s’il ne tire pas trop fort. Il demande et j’ai envie de rire. Aujourd’hui, mon corps me noie dans la douleur, loin du sexe, loin des saveurs vanillées. Je n’ai rien voulu, mon corps commande, il tire sans même y penser.

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Illustration : Mileanme

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