Tengo


Tape sans arrêt, cymbales sans cisaille, tape je suis sous tes marteaux, vibre sans fin. Elle bat la batteuse, la tête en symbiose avec les cadences. Métronome puissant, elle règle les hanches à la virgule près. Je ferme les yeux, le cou en balance. Je ferme les yeux dans ce salon où je frappe du pied, colère d’ici et du passé. Pourquoi se fourrer dans des galères consenties où le maître du jeu fouette les rameurs rebelles ? En haut en bas. Épaule, reins. Je ne sais où sa baquette va donner le rythme. Tout est dans le poignet. Je lutte contre la batteuse, je lutte contre les cadences. Mon pied frappe la mesure, ma gorge éructe des mots gros. Mon cou s’envole, à chaque coup d’ailes, je vole de visages en visages. Ils dansent, ils secouent leurs misères et leurs joies sur le sol d’une salle de concert. Il passe sa main sur les fesses de sa bien-aimée au cheveux attachés. La batteuse d’une main sûre sonne mon corps. D’une baquette à l’autre, elle circule. Tom base tom basse tom tom basse. Et ma peau se raye.

Doigt sur mon soupir, il tient la cadence pour que je m’accroche aux trois faisceaux orange. Nos moiteurs sont un chœur en électro. Long son d’espace. Lévitation. Son sexe dans le mien comme s’ils se connaissaient depuis le paradis des chats.  Échos des seins sacrés. Lancinante répétitions des espoirs à fleur de torse.  Ses hanches se prélassent dans la lumière des volets entre-ouvert. J’aimerais savoir dessiner sa contrebasse écorchée par les concerts pour qu’elle bruisse dans la pénombre du matin filtré.

Corde sous son doigt large, je vibre rapide encore encore encore rapide sans relâche. Quatre cordes sans archet, sa main enserre mon manche, je résonne d’une phalange à l’autre. Hanches  en virgules, je ne suis pas de bois au milieu de la foule qui se balance. Rapide sans relâche. Un sein est mon do, un sein chante mi, corde quatre à quatre.

Tape sans arrêt, cymbales sans cisaille, tape je suis sous tes marteaux, vibre sans fin. Elle bat la batteuse, la tête en symbiose dans les cadences. Tom tom basse. Mon corps se déchire sous les sons qui claquent. Tape des pieds, la colère sous la douleur.  Tom tom tom basse tom tom. Siffle dans les airs, chaque silences arrachés à la lumière. La foule se saoule d’un sens à l’autre. Tape, baguettes agiles, rapide, tape. Il fait bleu sur les planches. Décor.

Je suis la contrebasse que tu emmènes aux détours de tes chemins. Pour toi, je délaisse les autres archets, leurs notes me lassent. Je n’ai plus envie de faire l’effort de déchiffrer leurs mesures. Je n’ai envie que de la tienne, sourire sous la barbe.  C’est idiot. Contrebasse intense. Je mets des digues pour retenir mon cœur où pousse des fleurs bleues que je pourrais t’offrir. Trop vite, trop tôt. Sous les spots orangés, les cordes ont les paupières closes.  Je me balance sous tes doigts où la vie est une chanson douce.

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Illustration : Gracy Gimp

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