Temps suspendu 3


Nous volons à travers la ville. Brune, les yeux plongés dans le sol gris, son sexe est suspendu entre ciel et ailleurs. Elle ne regarde aucun des passagers du métro aérien. Sa présence irradie le wagon impassible. Sans maquillage, un carré court dont une mèche est coincée derrière l’oreille, son visage ne bouge pas d’un cil. Chaque interstice de la rame est emplie de son essentiel. Elle redresse la tête. Son menton pointe vers un monde inconnu.  Une constellation noire décore son sac blanc cassé. A chaque arrêt une vague de passager s’écoule par les portes ouvertes tandis que sa présence habite avec nous. Une fausse fourrure noire recouvre ses épaules. Elle porte un pantalon noir qui se perd dans ses bottes. Nous volons d’usine en cheminée réaffectée. Le ressac de la foule nous entraine plus loin encore. Le voyage se tient debout, bien au-delà des yeux marrons  qui se taisent.

Je la vois, pliée dans des cordes,  astre suspendu aux mondes immobiles. Elle grimace à peine entre les douleurs de passage. Sous son pelage noir, des os tout en finesse laisse leur trace sous sa chair blanc cassé. Ses petits soutiennent à peine un K. Le monde s’écoule au-delà de ses paupières. Elle est un mobile accroché aux éléments. Constellation de plaisirs, érection de la prise. Elle voyage, les yeux perdus au

sol.

Elle me dit que je suis son violoncelle. Elle me fait pleurer de chanvre dans ses prises. Elle me fait baver sans complexe. Elle joue sur ma peau, liens après liens. Rien de compliqué, sa peau près de la mienne. Son énergie m’enveloppe. Je tremble, une épaule sur le froid du sol dont je ne connais pas la couleur. Elle leur dit que tout va bien, je vacille éperdue. Elle leur dit de se taire. Le voyage s’accomplit implacable. J’entends tomber le juste, d’autres viennent. Je voudrais encore mais le froid s’abat sur moi. Je ne peux pas articuler. Le froid me fait retomber comme un soufflet. Ils sont là trop près, leur jute résonne. J’ai vu ses chaussures sous les parenthèses. Je suis violoncelle entre ses cuisses.

 


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3 commentaires sur “Temps suspendu