Te faire l’honneur 3


Devant moi défilent les hommes de ma vie. Vingt-ans déjà. Vingt-ans et tout semble recommencer. Le sexe ne trouve pas son chemin, les peaux piquent et collent. Tout revient. Les corps ne se parlent. Personne ne sait comment l’amour se faufile entre les grandes lèvres. Pourtant aujourd’hui, je sais. Il ne faudrait jamais commencer à s’attacher avant d’essayer les corps. Tout les hommes de ma vie défilent dans la chambre à coucher aux murs écaillés. Cette histoire ne m’appartient pas, je dois fuir ces lits de complaisance.

Ils étaient sexe triomphant. Ils étaient mon dos collé au mur, et leur désir au fond de mon cou. Ils étaient lèvres ardentes de passion. Ils étaient mes cris au creux des chambres ailleurs.

J’ai besoin de sexe, tu comprends ? Pas d’amourette ! J’ai besoin de sexe et de cul ! Dans des draps impersonnels, je veux baiser. J’ai besoin d’une peau à caresser, j’ai besoin de mots à enculer. J’en rien à foutre de ta mère, je ne veux jamais la croiser dans un couloir. Personne ne te connaîtra car mon corps ne te reconnais pas. J’ai besoin de cul les jours fériés et de douceurs les jours chômés.

Je ne t’aime pas, ni le jour ni la nuit. Faire l’amour en catastrophe alors que j’aime l’amour en cascade. J’aime te donner de la tendresse entre mes toiles, j’aime te baiser le front, j’aime te voir partir, j’aime te voir frémir sous mes doigts. Ne laisses pas la moindre valise chez moi, même une paire de chaussettes sales. Surtout !

Viens sans illusion aucune. Je prends le pouvoir et tu prends la porte. Viens sans attendre ni lendemain ni week-end  la mer. Et repars comme la vague discrète. Je ne t’aime pas. Je ne te déteste pas. L’amour ne décrète pas. Il se perd parfois en chemin. Certains jours, il n’est même pas au départ de la course. J’ai trop vécu, mon ami, pour m’amouracher de tes yeux. Alors, les jours de poisson, je mettrais mes doigts dans ton cul, c’est tout l’honneur que je peux te faire. Tu jouiras et tu apprendras à ne plus confondre enculade et amour. Comme toi, j’ai appris dans la douleur que la sodomie était bonne mais que le cœur est un chien. Personne ne peut lui mettre la corde au cou.

Ils sont les mains qui écrasent les seins et celles qui frappent le con. Ils sont doigts agiles qui trouvent le chemin de l’animale. Ils sont les fauteuils en levrette et les murs qui buttent en cadence. Ils sont mes reins griffés, mes ongles sur leurs cuisses charnues. Ils sont ventre accueillant. Ils sont fumées de gitane. Trois taxis et reviennent l’aube. Où êtes-vous ?

***

Illustration : Caroline Flora Lefebvre Mahjun

 


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

3 commentaires sur “Te faire l’honneur