Voyage


Les absents 1

Il eût des hommes dans ma vie après qu’il y en ait eu si peu. Le premier fut l’absent. Le second absent aussi. Ils étaient des entités qui voyagent en tapis volant, Énée et Ulysse à la fois, je le croyais dur comme vrai. Il y avait l’arrière-absent, aussi, l’ombre de l’ancêtre entre les murs de la ferme brûlée. Mais c’est au second que je dédie ces mots. Sable chaud, je ne sais le désert, je ne connais pas les voyages ni les traces de roues dans les dunes ensablées. C’est un mirage qui court vers Dakar, un immigré sans fanion.  Je n’ai pas mon permis camion. C’est un cargo […]


Filet 1

Par trois fois, je suis revenue de voyages immobiles scandés par le bruit des trains en vallée. Tantôt squaw au poteau, tantôt feuille raide suspendue au néant, tantôt comme on dit là-bas, tantôt gambas à la queue de sirène, ma peau est en érection. Chaque pied monte, chacun tente d’être docile mais cela ne se décide pas à coup de volonté. Tout à l’heure, je saurais me faire algue dans le courant, mais tout à l’heure seulement. Les sens en érection, les wagons lointains, la chaleur de l’été sans fin, la respiration, le métal pointu sur les cuisses, tout ceci n’a aucun sens. Des pointes roulent sur ma cuisse comme […]


Contredanse 1

Un critérium à la main, j’ai effacé les flèches sur mon agenda. J’ai fini de vider la valise, trace de mon précédent transport. Je l’ai rangé sous l’étagère. Je regarde ce matin, les bijoux que je voulais mettre. Ils resteront dans leur boîte chinoise, laquée de rouge et de voyage. Dans un mouchoir, j’ai recueilli les larmes du soir, et ce matin je les ai secouées sous la pluie fine. Dans la salle d’armes, j’ai trié mes espoirs et la lune s’est enfuit aussi. J’ai mis la musique à fond. Devant toi, je me suis plantée, j’ai relevé un peu ma jupe droite sage. Elle est passé de genoux à […]


Trousser bagage 1

Derrière le rideau de pluie, tu t’en iras. Déjà parti, ton sexe en rut jamais ne s’arrêtera aux frontières des âges. Nous étions en transit, bagages posés dans l’aérogare mauve. Le ciel était vert de jalousie, l’été bientôt s’éteint. Ton vol part à l’ouest, et moi je n’ai pas encore choisi mon terminal, ni même la correspondance. Je n’ai pas  de billet en poche, tu m’a donné l’obole et les pagodes ramenées de là-bas. J’ai embrassé ta vie sur un coup de roulettes russes. J’ai voyagé, aussi. Il y avait des fêlures dans le cuir de nos cœurs. Nous avons rempli la vie de fleurs sauvages, là-haut dans les nuages […]