Peaux


Pur sang arabe

Affalée dans la poussière, pelage sale, je vous guette. Au soleil brûlant, mes pupilles sont mi-closes, vertes dans votre fruit. Chaque jour, fier pur sang, vous trottez, beau, posé, ondoyant au rythme de votre assurance. Vous passez devant mes rochers, sans rien y voir, une deux trois, valse de votre robe noire. Je scrute vos mouvements. J’attends l’instant. Hier, vous pleuriez, prince de sang, une histoire de femme. Vous vous êtes caché, mais j’ai vu les larmes sur le poil. Vous brillez, vous dîtes qu’elle était votre repère, votre raison de vivre, votre antre chaude. Son corps encore vous enivre. Entre deux reniflements, vous croyez dur en ses seins de […]


Sauter aux yeux

Vos yeux. Mes yeux. Vos yeux. Mes yeux encore. Je ne sais pas que vous portez des pulls beiges si classiques, ni même que vos chaussures sont belles. Juste belles et noires. Je ne sais pas encore que votre langue a le goût du tabac. Je ne sais rien que la main de cette femme qui me caresse les seins et tente de saisir mon regard. Ses lèvres contre les miennes se collent. Sa peau est une pierre trop lisse. Mes yeux. Vos yeux. A quel moment l’eau se change en feu ? Sur mon cou, vos lèvres courent la partition mordillante. J’oublie la femme aux seins de marbre, je […]


Doux demain 2

En fermant les yeux, le monde était doux. Doux comme la peau de votre torse qui respire de jouissance, doux comme l’animal docile, doux comme la violette perlée. Ma joue recueille les battements de votre cœur qui s’estompent en soupirs. J’ai fermé les yeux, le monde était contre mon sein, suave bleuté. Ma nuque se détend des jours mauvais. Ici plus rien n’existe. L’enfant est sage sous les charmilles, il se berce sur le cuir de vos nuits tannées. Ma main caresse votre chair. De guerre lasse, l’oreiller se fait refuge. Votre sexe dort encore tandis que le mien luit dans le noir. J’aurais voulu que vous soyez le sauveur, […]


A l’index 4

Quelques centimètres de peaux nous raccordent. Mon cerveau sensuel tourne. J’accompagne ton doigt qui dessine l’air et danse le présent plein. J’accompagne ton doigt de tout mon corps, de mon énergie chaude, de ma pensée consciente, de mes élans profonds sans rien chercher d’autre que de garder nos millimètres de peau collés à bout de doigt. Index contre index. Au bout de ton doigt, toi que je ne comprends pas, toi que le hasard m’a fait croiser, toi en chaussettes sur ce faux parquet, tu t’abandonnes les yeux fermés. Debout. Sans chaussures. Avant ton doigt, tu étais, pour moi, empêtré dans tes moi, maladroit de toi, trébuchant sur les émois […]