Mer


Apprivoise-moi 2

Hameçon double où nous sommes tour à tour pêcheur et poisson. Apprivoise-moi, dit le renard. D’un mot à l’autre, nos peaux se rapprochent sans rien savoir de l’avenir habillé ou nu. J’attrape ta ligne, je la tire en douceur. J’attrape tes entrailles, je les tire en douceur. D’un frôlement à un souffle, ton âme s’approche de la mienne. D’un fil à l’autre, les bras se rapprochent. Au-dessus de vos seins, je dresse le cordon de nos ententes. D’une suavité à l’autre, nous susurrons nos liens. Attendre sur la berge que le chemin se fasse pour vous, que votre détour et vos contours arrivent au rivage. Je veux que mon hameçon […]


Suspendue 7

Ils boivent des bières, ils fument sauf lui et moi. Son corps s’empoissonne, erreur de la médecine, je suis celle qui n’a jamais fumé. Ils se connaissent tous. Pas moi. Depuis l’enfance tortillante, timide et nomade,si souvent, j’atterris dans des groupes où ils se connaissent sans moi. J’ai grandi. Maintenant au milieu d’eux, j’ai une bouée. C’est un appareil photo qui saisit les petits riens, occupe mes mains, reste sur la berge à contempler les bateaux qui s’éloignent. Aux étapes de ma vie, cette ville me parle sans que je ne puisse comprendre ses mots. J’entends le chant de la Sibylle. Je sens le vent du large frais sur ma […]


Maman les petits bateaux 6

Ce n’est pas mon physique que je donne, c’est l’intensité. Ce n’est pas ta queue que je prends, c’est ton âme aussi. Les filles étaient trop belles, et mes kilos collés, des grossesses et toutes ces choses qui font que le regard des hommes ripent ailleurs. Pieds nus j’étais, pieds sur le parquet, pieds contre le tapis. Pieds nus, tu ne savais que sous la peau transparente, il y a les mots sur écran. Pieds nus, tu ne savais qu’il suffit de réveiller le fauve. Nous avons mouillé dans une crique. Première fois que je sors du port avec toi, avec un seul homme, avec les voiliers du challenge et […]


La fille de Poséidon 2

Au départ, ce genre de fille, ce n’est pas came. C’est comme ça qu’on dit dans les polards où le héro est un homme mal léché, à l’appartement jonché de papiers, de cendriers froids et de vaisselle à faire. Disons que cette fille, de but en blanc, je n’aurais pas misé un coquillage dessus. J’ai préféré sa voisine de table, fine, teinte en blond finaud pour couvrir les premiers cheveux blancs. Ses boucles d’oreilles longilignes et rectangulaires scintillent dans le soleil. Et moi, je me perds dans ces lueurs fluides. Cette voisine porte la grâce de l’originale assimilée. Je jouis des effluves de sa présence. En silence. Et moi, parmi […]