Fantasmes


Consultation 4

– Entrez je vous prie. Ne vous asseyez pas. Vous êtes venu pour quoi ? – Perdre du poids – Bien. Combien voulez-vous  perdre ? – Huit kilos – Si vous êtes arrivé jusqu’ici c’est qu’on vous a recommandé mon traitement – Oui – Êtes-vous vraiment motivé ? Ne répondez pas, nous le verrons au cours du traitement. Les faits parlent d’eux-mêmes. Vous disiez huit kilos ? Vous en prendrez deux par kilos puis chaque fois que vous perdez un kilo nous diminuerons la dose de deux. Si vous prenez du poids ce sera un par cent gramme pris. Est-ce que cela vous va ? – Oui – Bien, déshabillez-vous […]


Détends-moi, un peu, beaucoup, à l’eau 3

Prends-moi là comme ça. Je suis stressée, si stressée, deux nuits que je ne dors pas, deux nuits que le cerveau tourne sans fin. J’ai faim, calme-moi, prends- moi. Viens dans la chambre, viens j’enlève ma culotte, approche-toi, non sans fioritures, sans caresse dans mon cou, sans rien du tout. Ne m’embrasse pas tout le corps. Garde les baisers pour les jours doux. Garde des lèvres pour ma peau aimante des jours sereins. Donne-toi que je fasse sortir la force, que ta promesse expire de sa cachette rétrécie, petite tortue au repos. Viens, mon Pinocchio, raconte-toi des mensonges silencieux, fais ce que tu veux, mais bande vite. Merci. Je suis […]


Les treizièmes rugissants 1

J’ai aperçu la lumière douce caresser les toits gris. J’ai poussé les rideaux d’opaline. Côté cour, les murs dorés présentaient leurs fenêtres entre-ouvertes. Côté jardin, le bal se dessinait sur une pince à linge vierge. J’ai respiré les fromages des contrées, le nez à même l’assiette, instinct décuplé. Sur mes papilles, la langueur d’une pâte forte diffuse des parfums de chair. Puis, j’ai vu la lumière courir sur le paquet sombre. Je n’ai vu aucune chaussure d’homme, aucune. Tu ne peux pas savoir, toi. Des chaussettes noires parcourues d’un liseré blanc, des chaussettes tigrées, des chaussettes noires au bout rouge, mais pas une seule chaussure masculine. Tu ne peux pas […]


Anesthésiée 2

C’est un seul regard. Le vôtre. Je suis assise face à la porte d’entrée de la salle d’attente. J’attends le visage qui viendra prononcer mon nom et qui me fera quitter ces lieux de transit que sont ces salles où le monde se côtoie sans distinction de culture ou de sexe. Il passe une lueur dans votre regard quand il croise le mien, avant même que vous énonciez le nom du patient suivant. Vous souriez quand vous apercevez que ce patient c’est moi. L’hôpital a bien changé en presque 20 ans. Avant, il fallait tendre l’oreille et tenter de deviner que les syllabes qui arrivaient du fond du couloir formait […]