Émois


Promesse d’orage

Il était la promesse de l’orage,  place du marché, face aux halles, côté Sud. Petit et beau comme les pruneaux secs de mon enfance. Compactés dans un sachet transparent, ils attendaient que je les pioche, chacun leur tour. Faisant fi de la pègue, je trouvais les plus charnus, les plus moelleux, ceux dont le noyau pourrait être sucé longtemps pour en tirer le dernier suc. Nous cherchions une place à la terrasse de l’un des deux cafés, face à l’église, celle-là même où je n’ai jamais planté de cierges. Le plus accueillant aura notre faveur. Ainsi était notre seul projet commun en cet instant moite. L’orage, peut-être, nous délivrerait des […]


Peintre de langue 1

Dans la ville, nous avions traversé les fleuves enfouis. Je tentais de suivre le flot de tes paroles qui s’accrochait aux rochers, de temps à autre quand la vague submerge. Surtout, je ne voulais pas finir tes rêves avant que tu ais pris le temps de les prononcer. Grand homme des cavernes, gaulois érudit, peintre rupestre aux doigts habiles mais je ne le savais pas encore. La ville nous entortillait de ses allées. Elle nous ramenait aux souvenirs tout en nous plongeant dans un futur doux et simple. Elle était à nos côtés. Nous avons fait plusieurs fois le tour de nos citadelles. J’aime les yeux clairs quand j’ose y […]


Te faire l’honneur 3

Devant moi défilent les hommes de ma vie. Vingt-ans déjà. Vingt-ans et tout semble recommencer. Le sexe ne trouve pas son chemin, les peaux piquent et collent. Tout revient. Les corps ne se parlent. Personne ne sait comment l’amour se faufile entre les grandes lèvres. Pourtant aujourd’hui, je sais. Il ne faudrait jamais commencer à s’attacher avant d’essayer les corps. Tout les hommes de ma vie défilent dans la chambre à coucher aux murs écaillés. Cette histoire ne m’appartient pas, je dois fuir ces lits de complaisance. Ils étaient sexe triomphant. Ils étaient mon dos collé au mur, et leur désir au fond de mon cou. Ils étaient lèvres ardentes […]


Apprivoise-moi 2

Hameçon double où nous sommes tour à tour pêcheur et poisson. Apprivoise-moi, dit le renard. D’un mot à l’autre, nos peaux se rapprochent sans rien savoir de l’avenir habillé ou nu. J’attrape ta ligne, je la tire en douceur. J’attrape tes entrailles, je les tire en douceur. D’un frôlement à un souffle, ton âme s’approche de la mienne. D’un fil à l’autre, les bras se rapprochent. Au-dessus de vos seins, je dresse le cordon de nos ententes. D’une suavité à l’autre, nous susurrons nos liens. Attendre sur la berge que le chemin se fasse pour vous, que votre détour et vos contours arrivent au rivage. Je veux que mon hameçon […]