chemin de fer


Sens à même la peau 3

  Le sexe est resté en gare ou s’est trompé de gare, nous ne le saurons jamais. Il ne reste que les sens à fleur de gosier, les sensations à même la peau, les sensitives impressions au bord de l’eau. Le vent emporte les déceptions, le courant charrie la barraca et le pont sourit aux lumières neuves. L’œil regarde, l’appareil photo tente de fixer l’autre réalité. La ville est nue, seules des dames promènent leur chien sur la rive. Il fera jour demain, il fera jour sur le fleuve haut. L’eau est noire, ou bleue parfois, dans le reflet des lumières de la ville. La tour est vaillante. La place […]


Au retour d’un voyage sans sexe 2

Au retour d’un voyage sans sexe, je prête mon chargeur à un inconnu. Devinera-t-il pourquoi ? Avant la gare, j’étais à une table où toutes les langues se mêlaient, où les esprits cherchaient leur mot dans le langage de son voisin. Nous étions tous des inconnus. C’était un voyage autour d’une table ronde. Le sexe, lui, n’était que des méprises en anglais où un canard devenait un sexe, par le hasard d’une langue trébuchante. On parlait de pomme de terre dans un pantalon, avec des r qui roulent dans la gorge. On riait de ces méprises. Le rire n’a pas besoin de traduction. On survolait le graveleux sans y toucher […]


Quai supérieur 1

Ce sont des histoires de bout gare, de quai supérieur et de collisions de joues au pied d’un panneau publicitaire. Entre deux gares, comme on respire entre deux eaux,  il y a le sourire au fond des yeux. C’est une histoire de voyage comme on suffoque entre deux désirs. Ce n’est pas une histoire pour les enfants sages, qui attendent un mot, assis sur le bord de leur lit. C’est une histoire à vivre, les yeux au bord du vide, couché le long des falaises de la femme, l’esprit accroché à l’inconnu. La seule boussole est l’audace, le seul point d’arrivé est la gare de départ. C’est à l’instant où […]


Piano gare 5

Une note frappée. Ce son m’attire comme un papillon vers la lumière douce des lampes de nuit. Il est aussi puissant que celui d’une peau claquée. Il frappe l’inconnu, il fait sonner la blanche, et bondir la noire. Quand j’entre dans cette gare, vous aviez disparu de mes yeux, me laissant la trainée poudrée de vos bonheurs. Dans l’air transparent de ce hall de gare, des notes imparfaites, jouées par cœur, cueillent mon intime repu de saveurs. Les doigts restituent les fonds de tiroirs de la mémoire, sans autre ordonnance que celle de l’instant. Il joue, le pianiste de la gare, l’inconnu qui a posé sa valise au bord du […]