chemin de fer


Trousser bagage 1

Derrière le rideau de pluie, tu t’en iras. Déjà parti, ton sexe en rut jamais ne s’arrêtera aux frontières des âges. Nous étions en transit, bagages posés dans l’aérogare mauve. Le ciel était vert de jalousie, l’été bientôt s’éteint. Ton vol part à l’ouest, et moi je n’ai pas encore choisi mon terminal, ni même la correspondance. Je n’ai pas  de billet en poche, tu m’a donné l’obole et les pagodes ramenées de là-bas. J’ai embrassé ta vie sur un coup de roulettes russes. J’ai voyagé, aussi. Il y avait des fêlures dans le cuir de nos cœurs. Nous avons rempli la vie de fleurs sauvages, là-haut dans les nuages […]


L’eau pour le café 1

J’ai couru dans la rue, j’ai couru sur les quais, j’ai couru dans l’autre sens, j’ai chaud. Trop chaud. Mon t-shirt colle à la peau. Je m’assois dans ta cuisine, j’ai trop chaud, j’enlève mon pantalon et mon t-shirt. Le stress, l’adrénaline, la fatigue, mes jambes tremblent. Tu poses un coussin sous mes fesses, tu poses ta langue sur mes lèvres. Je te demande si le coussin ne craint rien, quand j’y pose mes fesses libres. Nous avions vu la fille nue qui se levait pour prendre un café. Nous nous étions tus, je regardais et tu avais dit les mots de l’apparition matinale. Nue, sans atour, sans détour, sans […]


Au dormant de gare 1

Tout contre le béton, je me berce à la musique éraillée qui sort du piano de la gare. J’attends, je ne sais pas ce que j’attends ou le sais trop bien. Je voudrais m’endormir ici, dans la gare, tout contre les notes qui parfument le gris des sols quotidiens. Devant moi, défilent les existences. Celui-ci est un peu fou, il parle aux fausses plantes vertes, puis va s’appuyer contre la rampe de l’escalier qui conduit vers les souterrains. Il continue son soliloque, seul dans les pas qui traversent l’ordinaire. Cet autre parle seul, aussi. Son pas est scandé par des incantations invisibles Un autre encore marche en lisant quelques photocopies […]


Sens à même la peau 3

  Le sexe est resté en gare ou s’est trompé de gare, nous ne le saurons jamais. Il ne reste que les sens à fleur de gosier, les sensations à même la peau, les sensitives impressions au bord de l’eau. Le vent emporte les déceptions, le courant charrie la barraca et le pont sourit aux lumières neuves. L’œil regarde, l’appareil photo tente de fixer l’autre réalité. La ville est nue, seules des dames promènent leur chien sur la rive. Il fera jour demain, il fera jour sur le fleuve haut. L’eau est noire, ou bleue parfois, dans le reflet des lumières de la ville. La tour est vaillante. La place […]