Sous-seing privé 1


 

Viens bébé, viens sucer mon sein. Mélangeons tout le passé et le présent. Mélangeons la douleur et le plaisir. Viens encore. Suce et bande. Suce jeune homme. Que fais-tu dans mon lit, m’interrogent toutes les nuits ? Tous les psys à divan diraient que des plumes restent dans le duvet de ses aisselles. Suce avant que les instants suspendus ne se brisent en morceaux de miroir. Suce avant que je ne dise stop.

Tu n’es pas un bébé, dit ta barbe un peu folle. Tu n’es pas un ange, disent tes anneaux aux oreilles. Tu n’es pas un bleu, dit ton cercle intime. Tu es un peu fou, dit ton tatouage. Tu es un homme, dit ta bouche qui suce mon sein. Tes yeux fermés racontent que tu bandes. Et moi, je te regarde, ami gâté.

Trop gros pour fermer les chemisiers blancs de l’âge des complexes adolescents. Trop sensible pour les poser sur un banc et mimer les gestes de la nage sous la férule d’un moniteur de piscine. Beaucoup trop jeune et trop pudique pour dire que cette position était douloureuse. Trop sensible à peu près tout le temps maintenant. Trop rien à foutre pour ne pas les sortir en public et les donner à un bébé affamé.

Trop fière de les exposer à la vue de tous. Trop fière d’être capable de les exposer sans pudeur au cœur des rivières. Tous disent qu’ils sont beaux. Je ne saurais jamais si c’est vrai ou si tous les seins sont beaux. Et qu’importe ! Dans la salle de bain, sous la douche chaude, ils me plaisent. Dans le frisquet des jours, ils pointent. Trop libre sans soutien-gorge ! Derrière le monde, sous un sweat, ils sont.

Tu suces mon sein. Tu es beau et je crains d’avoir un peu mal. J’aimerais retrouver les ivresses des seins réveillant les entrailles. Je crains de retrouver le plaisir que le bébé procurait parfois à mes tétons meurtris de tant de succions. Je crains de revoir les crevasses et les auréoles de lait sur les chemisiers blancs. Je crains que de mélanger les plaisirs adultes et enfants.

Viens bébé. Viens suce tout ce qui passe sous la langue. Viens sans cache ni pudeur. Viens, ne me laisse pas me lasser de ton visage de poupon barbu. Viens caresser ma carcasse avant qu’elle ne dessèche parmi le troupeau des crânes. Soulage ma faim. Viens tout contre mon cœur, là sous les seins.

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Illustration : l’indeprimeuse


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