Sens à même la peau 3


 thouard 2

Le sexe est resté en gare ou s’est trompé de gare, nous ne le saurons jamais. Il ne reste que les sens à fleur de gosier, les sensations à même la peau, les sensitives impressions au bord de l’eau. Le vent emporte les déceptions, le courant charrie la barraca et le pont sourit aux lumières neuves.

L’œil regarde, l’appareil photo tente de fixer l’autre réalité. La ville est nue, seules des dames promènent leur chien sur la rive. Il fera jour demain, il fera jour sur le fleuve haut. L’eau est noire, ou bleue parfois, dans le reflet des lumières de la ville. La tour est vaillante. La place de la cathédrale sonne creux comme une crèche sans santons. Le vent engouffre ses cisailles dans ma capuche grise, tandis que chaque étoile décrit l’immensité. Il fait nuit, un chinois reste ouvert. La ville est vide.

Par delà la fenêtre, l’eau est un inlassable mouvement sous le pont. A l’extérieur de la salle, alors que j’écoute le sens des mots, des oiseaux, en rafale souple, ont la science du vent sans les mots. Le café est le lien, le café n’est pas italien. Les accents fleurissent les phrases. Les controverses font grandir les âmes. Il est des temps pour dire et d’autre pour se taire.

Le vin est blanc puisque j’ai demandé un rouge. Un petit vin d’Arbois comme celui de Brel, un vin qui chante sur la langue, un vin qui s’arrange pour que nous trempions régulièrement les lèvres dans son nectar doux et festif. Dans ma mémoire gustative, je relie le vin aux marrons glacés.

Le vin est rouge puisque j’ai demandé du rouge. Une saveur que je connais par cœur, une saveur de mon pays, je la connais par cœur, je l’ai sur le bout de la langue, mais il faudra que l’on dépose les mots sur mes papilles. De l’olive, bien sûr, ce vin a le goût de l’olive. En dessous, après, quand je ne chercherai plus, je sentirais les sous-bois.

Les parfums sont frais et fringuant. Il est bien trop tôt pour qu’il se soient évanouis dans le métro ou dans les bureaux. Les yeux clos tentent de grappiller le précieux sommeil. Berce-toi, mon cœur, nous revenons. Nous reviendrons. Nous partirons pour de bon.

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illustration : Jean-Louis Thouard


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