Scotchée



Dans l’ascenseur, nous sommes trois grâces serrées en sardines. Galant, tu nous as laissé la place et descend l’escalier à pied. La sylphide a pris l’ascenseur précédent. Je suis contre toi l’épouse et près de toi la nudité temporaire. N’importe quel voisin aurait vu, trois copines, qui rentraient un peu tard : deux pantalons, une robe ; deux cheveux courts, une chevelure longue ; un sac à dos, deux sacs à main ; deux cigarettes. Trois brunes à la graine artistique.

 

Toi l’épouse, j’avais contemplé toute la soirée ta sensualité naturelle, de celle qui se vit pour soi-même et pas en démonstration. Simples et magnifiques courbes. Toi la toile vivante, j’avais aimé tes arrondis émouvants dans leur vérité et leur beauté esquissée, bien loin des cintres à vêtements des magazines. Je suis serrée dans un ascenseur avec deux jeunes beautés, érotiques antiques. Nos corps si près, si naturellement, si normalement.

 

Dans la rue, toi et ton épouse devisez en amoureux. Devant vous, la pétillante toile et moi-même faisons connaissance dans l’authenticité de nos vies et dans la brulure de nos douleurs passées. Cinq minutes sur un trottoir, sous les réverbères, suffisent à éclairer les folies audacieuses. Taxi. Les filles derrière, sardine en boîte, encore. Toi galant devant. Nous déposons la pétillante grâce. Puis c’est à votre tour de descendre. Tu sors du siège avant, ouvres ma portière de voiture, et, déposes à mes lèvres un baiser affectueux et bouillant. Je suis surprise et ravie. Puis, tu ouvres la portière à ta chère.

 

Toi, l’épouse, avant de sortir, tu m’offres un bout de scotch pour me dépanner. Je te dis merci pour le scotch. Merci, surtout, de m’avoir nommée « bonne compagnie » pour ton mari. Je suis venu voir ce qui se passe, avais-tu dit, en apportant à ton homme une coupe de champagne. Vous vous embrassez. Je comprends que vous êtes un couple. Tes doigts ne lâchent pas mes entrailles pour autant. Tu lui montres ce que cela me fait. Je caresse tes cuisses féminines sensuelles et attirantes. Je pense que tu lui proposes de rester. Toi, l’épouse, avais répondu : « tu es en bonne compagnie » et avais déposé la coupe loin des nos animalités mouvantes. Merci pour le morceau de scotch.

 

***
Illustration :  Axelle de Gracy Gimp

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *