Rien du tout 1


Le vin tout contre ma gorge coule à flot. Je bois les paroles de désirs, les regards noirs des sourires naissant entre ses reins de soie. Sa peau est salée, je l’ai gouté au port. Sa peau est moirée, je l’ai dessiné au fourneau. Je l’ai cueilli sur la danse du temps où on était mince.

Les yeux verts

Mettez-vous en rang d’oignons, je vais m’occuper de vos pelures, vous éplucher le haricot, vous écosser les bourses. Tournez-vous, penchez-vous, vous serez ma cuisine du soir.

Trois temps pour vos hanches, quatre pour mes pieds, à mes orteils faites révérence. Déhanchez-vous, je vous regarde depuis le banc de touche.

Je suis contre vos longues phrases et vos mots bien ordonnés. Même en grammaire, vous voudriez me contraindre. Eh bien, allez-vous faire foutre, lardé de tous les gros mots que je connais, allez-vous faire cuire sur le chaudron. Je ferais de la concoction de couilles blanches.

Cheveux trop courts, poil ras et cravache en bandoulière, vous me trouverez nue au fond du bois, derrière la cabane de l’étang. Peut-être, serez-vous gratifié des mes griffes sur votre torse. Je tordrai vos sensibilités pour vous voir vos tétons gémir. Alors, je vous sourirai avant de vous renvoyer à l’asphalte.

J’aimerais partir en bouée, dériver où le  vent est clément. Il est un cœur de cyclone que je n’ose briser. Vous ne serez plus un rempart. Nue au bord du feu, j’attiserai des braises pour que la nuit ne dévore pas mon cœur.

Buvez.

***

Illustration : Sandro Giordano in extremis

 


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