Quai de gare. Vous Là-bas 4


De la rage des désirs retardés, du quai des voyages suspendus, de ce retard de vous, aux côtés des voyageurs désabusés,  je vous écris.

La liberté du train s’est faite contrainte de temps.
Là-bas sur l’autre quai, vous allez m’attendre,
Je rêve de vous sur ce temps perdu, figée au quai.
Un parfum est assis à côté de moi.
Sur le même banc, acier frais, doux et rond.
Il me parle de toi mais pas de vous, bijouterie suave, crayon sanguine, toile vierge de nos émois.
La montagne est grise, la pointe du palais or mat, la gare muette, les voyageurs travailleurs.
Un cuir noir, le foulard vif et les chaussures rouges dans le sac
Ce cuir sera à même la chatte
Dans l’escalier
Ces chaussures seront croisées d’ogives
Dans l’atelier
Personne ne le sait encore 

Respiration
Une herbe folle entre les palissades
Une touffe entre les rails
Soupirs
Sifflet !Vous retentissez enfin à mes oreilles

Le cœur se fait joyeux, déjà sur le quai là-bas. Le corps est désir et mes yeux brillent. Deux seins sous un pull, dentelle au dos, je porte la sensualité à fleur de peau. Elle émane, elle vous parle à vous, mais vous n’y êtes point encore. Vous êtes à portée de sourire. Il se reflète dans les yeux des autres voyageurs. Alors, mon regard se fixe au sol entre les planches de bois. Ne pas éclabousser de désirs les costumes et les maquillages de bienséance. Je reste à ma place et je regarde les chaussures pointues à lacets ou à talons. L’heure est aux tailleurs pincées, aux slides imprimés, cravates de travail et aux dernières révisions. L’heure est en retard pour les présentations en entreprises.
Dans trente minutes à grande vitesse, mon sourire, les yeux fuyants et la parole mal assurée se feront première impression. Au loin les Alpilles, les dentelles de Montmirail, le val d’Enfer. Que serez-vous, donc, ami lointain ? Serez-vous bise sans nom, rivière aux îles de sables, chartreuse perchée, caravane nomade, cyprès dressés de désir, cailloux à ricochet, poussières blanches, sarriette basse, pin trapu, vallée sèche, canaux contenus à virages élégants, gouttes de pluie glissantes au pays du soleil ?
Photographe : ici

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4 commentaires sur “Quai de gare. Vous Là-bas

  • Carnets d'Eros

    J’aime aussi beaucoup les halls de gare d’aéroport, les transports en commun…
    Je ne sais pourquoi, mais j’en aime l’ambiance. Je crois que c’est parce que se sont potentiellement des lieux de rencontres, éphémères ou pas. On y croise toute l’humanité. C’est le début hypothétique de possibles… tout comme cet inconnu dont vous parlez si bien.

    J’imagine qu’il lit vos messages, lui et les autres ! Il doit s’en trouver bienheureux.

    CdE