Promesse d’orage


Il était la promesse de l’orage,  place du marché, face aux halles, côté Sud. Petit et beau comme les pruneaux secs de mon enfance. Compactés dans un sachet transparent, ils attendaient que je les pioche, chacun leur tour. Faisant fi de la pègue, je trouvais les plus charnus, les plus moelleux, ceux dont le noyau pourrait être sucé longtemps pour en tirer le dernier suc. Nous cherchions une place à la terrasse de l’un des deux cafés, face à l’église, celle-là même où je n’ai jamais planté de cierges. Le plus accueillant aura notre faveur. Ainsi était notre seul projet commun en cet instant moite. L’orage, peut-être, nous délivrerait des sucres qui engluent.

Les cheveux de jais, un peu frisés, un peu long et aussi court que les miens, ont choisis une table vide. Au moment de régler le breuvage fermenté tandis que l’orage se cachait derrière le clocher, nous n’avions pas le sou. La patronne du bar voulu garder en otage mon petit lot, comme elle a dit. Je l’ai regardé, la patronne, le visage un peu rougi, gouailleuse, les yeux futés, la peau blanche comme une bougie de Pâques. Je voyais son cul laiteux étouffer la bouche du petit lot. Je la voyais le saisir à pleine main, le malaxer, lui le petit pruneau secs. Blanc contre brun. J’aurais voulu qu’elle le prenne dans le petit coin où elle est allée changer le fut de bière. Il aurait le pantalon sur les chevilles, le sexe dur et gros collé contre le bois sec du tonneau, son petit cul ouvert et souple. Je l’entends gémir tandis que je sirote ma bière, assise sur un banc de bois et face à une petite table ronde tout juste propre. Mais les tonneaux à bière sont des fûts métalliques.

L’orage ne venait pas. Ni sa peau douce, ni sa bouche contre la mienne ne faisait la pluie. Sa main contre ma peau parcours le chemin connu sans fleurs ni couronnes. Ma main prend la mesure de son sexe dur sous la toile. Mes lèvres se posent ici et là. Ses tétons n’y connaissent rien, ils ne savent pas que l’homme y prend plaisir. Son sexe dressé, un caleçon vert et noir sur le tapis, il faisait lourd sous la pente blanche. Bouche sur sexe. Et l’orage, salaud absent. Sa bouche sur mon sexe. Le pruneau est celui qui reste en dernier dans le paquet, sec et sans chair. Dans sa besace, il avait pris de quoi habiller son sexe. La préméditation a du bon. Et la chaleur ne tombe pas. Sueurs. Il connait les règles du jeu. Je voudrais que les éclairs me transpercent. Mon sexe appelle la délivrance mais l’orage ne chante pas. Il connait la procédure ni trop vitre ni trop lent augmenter la cadence, ralentir. Dernier pruneau du sachet. Il est venu sans que l’orage éclate. Allongé sur le bleu du lit, il regarde le plafond  tandis que je guette les foudres de Zeus. Il était la promesse de l’orage.

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