Peintre de langue 1


Dans la ville, nous avions traversé les fleuves enfouis. Je tentais de suivre le flot de tes paroles qui s’accrochait aux rochers, de temps à autre quand la vague submerge. Surtout, je ne voulais pas finir tes rêves avant que tu ais pris le temps de les prononcer. Grand homme des cavernes, gaulois érudit, peintre rupestre aux doigts habiles mais je ne le savais pas encore.

La ville nous entortillait de ses allées. Elle nous ramenait aux souvenirs tout en nous plongeant dans un futur doux et simple. Elle était à nos côtés. Nous avons fait plusieurs fois le tour de nos citadelles. J’aime les yeux clairs quand j’ose y pénétrer. Les jardins, même, suivaient notre sillage, loin du bruit des bars. Nous tutoyons l’authentique des vies sans s’agripper à l’avenir. Dans la bouche sale du métro, les escalators frappent métallique. Les yeux sont de l’autre côté du quai. Nos ventres s’étaient serrés, instant fugace, et l’odeur de sa peau avait tracé une voix dans la mienne.

Corps chaud et large, cordes souples et fermes, mes mains gravitent tandis que les yeux clairs sont fermés sous le jute. Les cheveux bouclés de printemps sont venus sous mes toits. Le soleil dessine une lucarne sur le tapis de coton. J’ai pris les mains et les ramenées contre sa poitrine. J’ai pris le buste d’un lasso, presque.  Enveloppe.

Les pieds sont beaux. Ils me susurrent des ondes douces. D’un doigt de pied à l’autre, l’ouvrage se met en place, caressant. Le faire plonger pour qu’il revienne de voyage. Le faire décoller pour que son corps se souvienne. Sous le vert, une petite goutte d’eau. Sur les cuisses sveltes resteront les marques du jeu.

Cheveux bouclés sous mes doigts, long un peu. Je m’y enivre. A la bouche tendue, je n’accorde pas de délivrance. La peau se mue tandis que le coton glisse, lentement. Un téton semble s’être égaré sous la langue, à peine. Défaire, tenir la tension, revenir, refaire, enserrer d’un coup. Capturer le sauvage. Mes cuisses accompagnent le dos qui se balance. Suivre l’instinct. Auréole sur le vert.

Mains baladeuses sur la culotte blanche que les yeux ne voient pas, perdus dans le jute. Je les laisse courir avant de les contraindre plus encore. Ici, c’est moi qui fait le beau temps. Laissez vos espoirs et prenez donc les douceurs que je vous délivre. Frissons. Je vous écoute, je scrute le moindre bruissement de vos poils. Main sur la commissure de vos lèvres. Vos joues sont abandonnées et douces.

Genoux contre genoux, torse nu. Silence. Apprivoisons-nous. Main sur peau. Peau sur lèvres. Es-tu bien sûr ce ce que nous allons faire ? Je suis bien. Dis-moi ton consentement. Ici et maintenant, pour cet instant où la lucarne s’est déplacée. Ta langue a dit oui.


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Commentaire sur “Peintre de langue

  • Laurent

    Je ne me souviens guère qu’un moment de ma vie (et moi même à cette occasion) eussent déjà été ainsi peints et encadrés.

    C’est se reconnaître, reconnaître le moment, notre moment, mon moment qui m’appartient si intimement que je pourrais me semble t-il convoquer le jeu de la poussière dans la lumière. Mais en même temps, et dans un élan totalement antagoniste, ce sont les mots et la perception de l’autre, ça construction, son évocation, si différente de celle que j’aurai pu faire naître que j’en perçoit toute l’altérité, l’étrangeté. Bien plus autre et étrange, avec des mots, que tout représentation photographique que je m’approprie et fait mienne ou que toute autre représentation picturale que je pourrais (probablement) m’approprier et croire mienne.

    L’impression ressenti est un poil dérangeante car inhabituel et forte. Elle est néanmoins agréable. Délectable même. En fait, je retrouve en ces lignes la volupté des cordes. Je me retrouve soumis et enveloppé par tes mots, dont je ne choisis pas la course ou la rugosité. Tu enveloppes et guides le souvenir, tout comme tu as enveloppés et contraint mon corps selon ta volonté. Dans ces mots, comme dans les cordes, je me retrouve en même temps moi et au-delà.

    Délectable, oui…