Pas de fumée sans innocents 9


Je vous laisse démêler le vrai du faux. 
Deux textes,
Une seule histoire vécue.
(suivez le lien)

TGV, GTV
Dans ce train au long cours qui remonte du soleil en croisière de chlorophylle, qui tangue doucement de son ventre encore vide sur les kilomètres d’acier brûlant, l’ordinateur facétieux vous a attribué l’ultime compartiment. Il est vide, comme toute la voiture est vide. A moi aussi il a désigné cet exil. Je vous y rencontre, seulette et souriante, partagée à ma vue entre surprise et curiosité. Il y a huit sièges face à face dans ce dernier réduit du train tout neuf. J’aurais pu prendre un des six autres, loin de vous comme semblerait l’exiger la décence; mais je sens dans vos yeux souriants et charnels une muette invitation. J’ose, je décide de m’assoir juste a votre côté.
 -« Le train est vide! » Dis-je;
« Oui, quelques minutes encore… Il se remplit à la prochaine gare »
Vous avez défini la règle de cette urgence; je l’entends. Et, lorsque je m’assied, contre ma cuisse votre cuisse me le confirme: « osez, monsieur, il n’est que temps! » Alors je laisse tomber ma main sur votre genou nu, doucement. Et comme vous ne quittez pas votre sourire profond, comme vos yeux mi-clos se ferment en deux petites fentes, je glisse doucement sur votre cuisse, je remonte vers le revers de votre short en jean, et… Bientôt ma main tiède et qui se fait délicate est comme une lame douce sur votre pubis, une quille sur la couture qui descend sur vos lèvres.
Vous avez doucement resserré vos genoux, emprisonné ma main entre les lobes charnus de vos cuisses chaudes, et commencé à onduler doucement. Je suis incrédule et j’appréhende presque de vivre une illusion. Mais non, c’est bien ma main, c’est bien une femme, belle, délicatement bronzée, dont le souffle un peu rauque maintenant caresse mon oreille.
Quand votre main descend sur mon pantalon durci, j’ai un sursaut. Mais votre ondulation des reins sur ma main, mon petit doigt cambré sur votre mont de venus brûlant, tout me fait oublier ce saisissement premier. Le TGV avance entre les vignes, félin aux muscles encore retenus ; il navigue à petite vitesse, mais la prochaine étape n’est plus loin…
Alors vous changez d’un coup de posture ; vous vous glissez à genoux sur la moquette logotypée encore fraiche, vos mains fébriles défont ma ceinture, arrachent presque les boutons de mon jean, l’écartent, s’agrippent comme un noyé à la ceinture de mon boxer et la tirent résolument. Il jaillit et vous le considérez avec curiosité et gourmandise ; les présentations sont rapides et après de brefs agacements du bout de la langue sur son sillon creux, vous l’engloutissez.
Mon corps s’arque doucement sous l’assaut, vos mains se plaquent sur mon ventre, remontent vers ma poitrine. Et je pose mes doigts sur vos cheveux pour éprouver le mouvement de votre tête. Je sens mes couilles réjouies sous votre langue, votre bouche inonde ma hampe, votre salive glisse entre mes fesses. Le train commence à ralentir, vous vous activez plus vite, vos yeux souvent vers moi, puis vers mon ventre aux spasmes de plus en plus rapides. Et là, à l’instant même où le flot monte, irrésistible, j’aperçois dans l’autre partie du wagon le visage rayonnant d’une jeune et belle femme; elle est debout dans l’allée centrale, elle ne nous regarde pas ; ses yeux pleins de tendresse émue sont rivés à son tout petit qui gazouille à quatre pattes sur la moquette du compartiment. Je suis fasciné par la bonté réjouie de son beau visage de madone, et j’ai juste le temps de retrouver vos yeux qui m’implorent depuis mon pubis avant de jouir violemment d’un foutre épais et abondant.
Viens
Viens
Tu ouvres la porte du compartiment, incrédule. Je suis sagement assise à ma place, les sept autres sont vides.  Je te regarde l’égaré de l’autre bout du train, le survivant du TGV bondé. Derrière moi, une porte close menant à la cabine du conducteur. La seule entrée est celle où ton sourire brille.
Viens
Ta main sur ma cuisse, mon short court, ta main qui gagne du terrain, ta main sur ma chatte à travers les tissus. Nos yeux fermés. Ensuquée de nuits écourtées, mon sommeil est à demi et ton doigt à peine mouvant. Ma main ferme te retenant, ma main suppliante en infime mouvement. Là au bord de la chatte, là se joue un plaisir invisible.
Les deux dames face à nous ne savent pas que sur leur siège, quelques minutes auparavant nos corps avaient rendus l’âme. Elles voient un couple, un peu trop proche pour être honnête sans comprendre où est le vice caché.
Viens
Prolonger encore un peu le voyage, prolonger les nuits, prolonger ta queue. J’ai une excuse en poche. Il reste quinze minutes avant le prochain arrêt. Colle-toi contre la vitre, je m’assois face à la porte. Ceinture, braguette, caleçon et te voilà fièrement. Je souris à ta vivacité. Le contrôleur a déjà fait son premier passage, sa voix grave m’a chavirée, les cyprès défilent plantés fièrement. Ma paume sur ton gland.
Une porte qui claque, je me redresse. Fausse alerte. Mes doigts sur ta hampe, mes doigts avec douceur. La porte qui claque, je guette. Fausse alerte.
Rocailles lunaires. Soleil brulant, clim fraiche. Ma main sur ton train, ma main coure, va, douce et ferme. Là-bas, ce bébé qui court à quatre pattes explorant la vie. Ma main n’explore plus le vit, elle l’attire, le presse, lui dit viens. Là-bas, la mère que je croise des yeux, mes yeux insipides, ma main rapide.
Mes pieds ancrés sur la moquette, les yeux rivés sur la porte, mes sens en alerte. Je tiens, tu t’abandonnes. Il y peu je m’abandonnais dans le vent souple, les yeux perdus dans les feuilles mouvantes. Laisse venir.
Les Alpilles, le Luberon, le val d’enfer, je ne sais. C’est ton sexe qui  seul me préoccupe sous mes doigts, qu’il jaillisse fontaine de jouvence, qu’il jaillisse et que le bébé ne vienne pas explorer nos contrées secrètes. Encore un peu. Tes gémissements à peine retenu, nous sommes seuls, les sièges violets, ton sexe aussi. Encore un peu. Viens. L’apparition sur les hauteurs des volcans éteints et de la douce chaleur blanche en petite gorgée souple.
C’est à deux mains que je boucle ta ceinture, la tienne est emplie de ton forfait. Nous entrons en gare. Le compartiment se remplit. Deux dames prennent place face à nous. Prolonger le voyage.

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