Pas dans le cul aujourd’hui 8


Pas Dans Le Cul Aujourdh'ui

Si je prends mon clavier, cher lecteur, alors qu’à cette heure-ci, je devrais prendre une casserole pour nourrir une famille, si je t’écris après avoir mordu dans un mauvais abricot que j’ai mal choisi au marché (j’avais bien vu, sur l’étal, que ces abricots étaient de couleur commerciale, et, ma bouche vient de confirmer ce que l’œil pressentait : ils sont aussi insipides qu’une chatte décapée au produit d’hygiène féminine. Pourquoi donc, n’ai-je pas écouté les informations que donnaient mon œil ? Pourquoi, ne fais-je pas confiance à mes sensations ? Peut-être parce qu’on nous apprend à nous en défier comme, si ces sensations n’étaient que des appels à la débauche ? ), si j’ai pris les mots à bras le corps, cher lecteur, c’est pour te parler d’un livre que je VEUX que tu lises. Certes, il est rare que je te donne des ordres ici, et que j’émette des conseils. Quelques fois, je me suis aventurée à te livrer mon expérience à propos d’un film, d’un objet. J’ai même omis de publier, ce texte non abouti sur une jouissance de cerveau ressenti lors de la lecture du Boucher de Alina Reyes. Mais voilà, si j’ai ouvert mon clavier, c’est pour te dire, cher lecteur, qu’il faut que tu achètes, et que tu lises, cela va de soi, ce livre dont je vais te donner des extraits. Mon premier argument qui, je le conviens, ne devrait pas être le premier par convenance et par la confiance que je devrais avoir en ton soutien financier aux artistes, cet argument, donc, est son prix. Entre 8 et 8,5 euros dit le quatrième de couverture. Ensuite, ce livre est édité par un petit éditeur, sur du beau papier à la manière d’Acte Sud. Rien que pour le nom de la maison d’édition cher lecteur, tu devrais l’acheter: (Editions) La Contre Allée.

Mais, bien entendu, ce n’est pas pour son prix que tu dois l’acheter, mais pour son titre : « Pas dans le Cul aujourd’hui. » Je t’avoue que sur l’étal de l’éditeur, c’était le grammage des couvertures qui avait retenu mon attention. Toute cette sensualité d’un papier épais couchée sur une large table, quoi de plus excitant ? Le titre du livre, bien sûr ! Mon œil est resté accroché dessus, fasciné par tant d’audace, et mon cul se fendait la pêche : Effectivement, aujourd’hui ce ne sera pas dans le cul. Demain peut-être, après demains sûrement, et j’en jouirai, mon cochon, j’en jouirai par tous les pores de mon cerveau. Je bloquerais le lit au mur pour que l’assaut soit centré. J’écarterais les cuisses pour que le sexe soit profond, et sa limite sera ma limite. Tu ne me reconnaîtras plus, je feulerai sans vergogne, et ton sexe en giclera des jets goulus.

Mais bien entendu, ce n’est pas pour cela que tu dois acheter ce livre : c’est pour son contenu. Le jour où j’ai rencontré cet écrit, le vendeur, derrière son stand, a provoqué mon acte d’achat en m’expliquant que ce texte féministe, sexuel, philosophique fut écrit sous la révolution de Prague. Tous ces mots firent frissonner mon cerveau. Je refis le tour des stands, achetant un ou deux albums jeunesses, et, à la fin de la manifestation, au moment où le vendeur refaisait ses cartons, j’ai pris le livre entre mes mains. Il m’a sourit, a pris le règlement, a ajouté que je ne le regretterais pas, a fermé son carton et a continué son travail d’emballage. J’ai mis le précieux trésor dans mon sac, tout en me disant que, vu le titre, j’aurais du mal à le lire en compagnie, dans un train ou encore dans une salle d’attente. Le livre a attendu le moment propice situé au soleil et sur un banc vert. J’ai caché le titre avec un tout petit livre du très consensuel Paul Auster (tu me pardonneras chéri, je l’ai volé sur ta table de chevet).

Ce livre, donc, est à la hauteur de mes espoirs. C’est une longue lettre que Jana Cerna dite Honza Kerjcarova, nom sous lequel elle était connu dans l’underground praguois, écrit à son homme absent, Egon Bondy. C’est la lettre d’une amoureuse folle, d’une féministe anarchiste, d’une baiseuse hors paire, d’une femme baignée dans la religion. Tu verrais, cher lecteur, j’ai jouis à chaque page, je me suis gobergé des mots, j’ai lu en apnée. Mon plaisir se prolonge en te choisissant des extraits, car, à nouveau, je me plonge dans cet océan sans rime ni raison comme le dit son auteure.

Pour te donne un avant-goût, pour que tu ais envie d’acheter ce putain de bon texte, voici quelques extraits tapés de ma blanche main. (Les extraits sont suffisamment subjectifs et partiaux pour que tu lises ce livre, que tu fasses marcher la maison d’édition, et que tu encourages le travail de traduction de textes étrangers)

Poème en introduction : Titre du livre tiré d’un poème de l’auteure, ce titre souligne à la fois la charge érotique du texte et la rébellion extraordinaire d’une femme face à l’ambiance étouffante en Tchécoslovaquie d’après-guerre.

Pas dans le cul aujourd’hui
j’ai mal

Et puis j’aimerais d’abord discuter un peu avec toi
car j’ai de l’estime pour ton intellect

On peut supposer
que ce soit suffisant
pour baiser en direction de la stratosphère

***
Extraits :

Je n’admire pas ton intellect, je le tiens pour naturel, cela va de soi. Mais ce qui m’excite presque physiquement, c’est ton mélange fantastique d’intellect et d’une irrationalité absolument et frénétiquement logique, cette poésie philosophique, cette philosophie poétique dont nous avons un peu parlé aujourd’hui mais dont la portée dépasse de très loin les bornes de notre conversation. Car ce n’est pas qu’il y ait deux sphères côte à côte – la philosophie et la poésie- c’est que leur fusion donne naissance à une troisième chose dont on ne saura sans doute même pas saisir la valeur.[…] La philosophie érudite sied au terrain académique et aux cerveaux stériles de ceux qui cherchent en elle la justification de leur propre nullité. Quant à la poésie laborieuse, c’est une suante niaiserie destinée aux manuels de classe, propre à exciter les institutrices standardisées dont elle sert à adoucir la destinée, par ailleurs plutôt amère.[…] Bon sang de bonsoir, qu’y a t’il de plus excitant que la philosophie et qui donc y ferait quoi que soir bon en éliminant cette excitation orgasmiques […] Par la voie de l’érudition, ça, je vous le demande ! C’est comme si on voulait se servir de pilules aseptisées et inoffensives pour baiser.

Je veux passer des heures à bavasser avec toi pour pouvoir coucher avec toi et je veux baiser avec toi pour parvenir à ces heures discussion, je veux, non, il me faut, savoir que même cette baise et ces heures passées à bavasser ont un lien avec ton travail, tout cela n’aurait aucun sens si ce lien n’était aussi étroit et serré et imbriqué que je me le figure.

Voilà j’ai enfin trouvé le mot – pardonne-moi de sauter ainsi du coq à l’âne – c’est l’ingénuité – pour la première fois de ma vie j’ai une liaison amoureuse ingénue. Et je l’ai avec toi, mon amour, je m’en réjouirais en braillant à pleine voix s’il n’était pas minuit et demie et si je n’avais pas de voisins qui auraient du mal à le comprendre, étant dénués de relations ingénues et de toi (je n’y suis pur rien s’ils sont pauvres, mais peut-être qu’ils n’aimeraient pas que je le leur fasse remarquer).

Que je ne puisse pas livrer tout mon corps à ta dévastation à commencer par mes nichons et ma chatte et jusqu’à mon cul, pour que les baises et les rebaises, et puis te forcer, de ma langue artistiquement plongé dans ton cul, à balancer ta sauce, le visage tordu par le spasme ? […] Et encore t’exciter la plante et l’entre-doigt de pieds avec mes nichons, juste un peu en passant, mais à fond, jusqu’à ce que ça te foute en rogne et que tu colles ta bite dans ma bouche, couilles comprises ?

L’homme n’a besoin ni de foi ni de vertu pour être sauvé […] mais il lui faut l’espoir, un espoir véritable sans aucune sorte d’assurance, un espoir qui ne le garde pas de la désespérance, qui ne le protège pas contre la perte monstrueuse de toute valeur humaine, un espoir qui le protège de rien, même pas de la damnation, mais qu’il emportera un jour quelque part là-haut ou en bas, ou je ne sais où, comme la seule valeur véritable dont il est détenteur

Il faudra qu’un jour on aille en balade, c’est le début des beaux jours, car j’adore nos promenades plus que tout autre chose

Fais-toi vite du bien en t’accordant une bonne branlette sir tu ne l’as pas encore fait, d’une part pour pouvoir sortir parmi les gens, d’autre part pour ne pas être obligé de prendre un taxi jusqu’à Holesovice en brandissant ta queue dans ton poing, et si tu as envie, écris-moi pendant ces douze jours – cinq ou six lignes mon amour…

Conclusion :

Alors maintenant, t’es gentil (tu utiliseras ton rebelle un autre jour), tu achètes ce livre TOUT DE SUITE. Puis, si le cœur t’en dit (t’as vu là, je te le laisse le choix), tu reviens m’en parler ici–même. Rien ne m’excite plus que de parler littérature (enfin à part ton sexe bien sûr, le tien, seulement le tien, pas celui de n’importe qui)

pas dans le cul aujourdh'ui


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

8 commentaires sur “Pas dans le cul aujourd’hui

  • Paul Auster

    Fabuleux
    Fabuleux compte rendu… ( je sais, vous avez un mot beaucoup plus chic, ressencion ou un truc comme ça..)
    Je me suis lèché les babines :-))

  • Pierre

    Voilà une femme qui utilise les mots précis du Desir amoureux pour dire, comme rarement on le lis (jamais?) en mots simple comment elle aime.

    Qui a jamais osé dire ainsi simplement, avec des mots qui disent les choses, que le sexe et la complicité/admiration réciproque sont les deux ingrédients principaux de la passion amoureuse; ces mots de femme nous troublent profondément l’âme, parceque notre âme nous dit que c’est être vraiment désiré et aimé que de l’être ainsi…

    • MarieTopic Auteur de l’article

      @Paul : je n’aime pas les mots chics

      @Pierre : lisez-donc le livre

      @loveyoukink : Bienvenue ici :) Une vocation ou un appel de l’être ?

  • Nemo

    Ma Chérie
    « Pas dans le cul aujourd’hui » , j’ai bien compris Lison.
    Tu as un goût très sûr donc je l’ai commandé illico chez ma zonarde, je prendrais mon Pied des deux yeux et des quatre mains mais ce serait super si tu me le lèche un peu avant en dardant bien ta langue framboise mûre, foot-lickin’, je suis pervert Oui je sais…Je sais lire aussi l’Avenir des jeunes femmes dans l’anus quand je suis dans la Lune…là ou est ton étoile….