Où est la boussole ? 1


Mon centre est dans le ventre, chaud et lumineux. Dans les magazines, ils le disent bien : pour être zen, retrouvez votre centre énergétique. A la page suivante, une femme tient dans sa main pure, un flacon de gélules d’huile de pissenlit à croquer par les racines. Elle est en tenue petite-maison-dans-la-prairie. La lumière sort du ventre, détruit les méchantes ondes magnétiques et enfin le Nirvana bio est retrouvé.

Mon centre est dans le ventre. Tout est naturel, ici. Ma culotte est en coton, mon t-shirt aussi, surement fabriqués par des personnes faméliques payées avec un lance-pierre et logées dans de grands hangars à la sortie de Florence. Florence est la huitième ville d’Italie par sa population, capitale de la région de Toscane et siège de la ville métropolitaine de Florence. Il parait même que les chauffeurs de taxi chinois sont deux par véhicule, un au volant l’autre dans le coffre. Puis ils échangent les rôles quand le chauffeur est fatigué. C’est la serveuse qui l’a dit. Elle est italienne, alors elle sait où est le centre de Florence.

Bientôt la poste ne distribuera plus le courrier chez Raiponce aux motifs que sa maison est à plus de cinq kilomètres du répartiteur et que les lettres sont à déposer dans un panier relié à une poulie. Il faudrait au moins une boîte aux lettres conforme, ma petite dame, dit l’homme aux dents trop blanches. Peut-être, pourrais-je être remboursé de mon billet payé deux fois parce qu’il manque des cases à l’ordinateur. On ne sait plus où est la boussole.

L’épaule droite est douloureuse. Internet est formel, c’est de l’arthrose. Il faut du repos pour l’épaule. Trop tard. Et surtout fuck you. Je veux y aller, là-bas, là-haut. Dans le silence, au cœur de la douleur, je trouverai le centre de mon ventre, là où c’est chaud et lumineux. Le jute crisse, ma cuisse brûle. Millimètres par millimètres, mes muscles se défont de leur chair calme. Mon épaule est soulagée, la cuisse cuit à grand feu. Il fait bon, la tête au sol, les pieds quelque part.

Chaque sursaut de vie cause une douleur intense qui s’estompe au bout de quelques secondes. Ce n’est qu’une courbe de gausse normale. Celui-ci franchit l’océan à la rame, il n’est pas plus fou qu’un autre. Ses mains sont lacérées de mer et de sel. Je franchis les frontières de ma peau, le pied détourné de l’apesanteur.  La douleur est  dessin du destin.


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