No Tango 7


Tango

Tu aurais dû la voir danser. Tu n’as jamais vu danser une femme comme ça. Sur la piste, elle occupe tout l’espace que son corps conquiert de ses présences rythmées. Elle ne danse pas une danse, elle ne respecte pas le codes du Tango, elle ne regarde pas un homme dans les yeux afin qu’il lui réponde selon bon vouloir. Elle se danse. Pourtant, elle aime aussi la Milonga, les talons des autres femmes et les chaussures des hommes. Il faut toujours danser trois fois. La première pour rater, la seconde pour s’apprivoiser, la troisième pour le plaisir. Comme l’amour entre les draps blancs.

Elle est pieds nus sur le béton, la sono crache une mauvaise électro remixant des classiques. Ses chaussures sont orphelines sur le bas-côté. Son corps est beau de rythmes vécus. Elle ne danse pas comme cette bimbo qui craint pour ses rides et pour son ridicule. Elle ne danse pas comme la sage qui ne sait que faire de ses envies. Elle ne danse pas toujours le même pas. Elle vit la musique avec son corps. Et toi, tu ne sais pas ce que je sais. Tu ne sais pas qu’elle ne porte pas de culotte sous sa jupe grise. Ni que son sexe est lisse comme le miel.

Tu aurais dû la voir danser, instinctive. Elle a appris les techniques, elle connait les codes qui régissent la sensualité de la danse. Mais ici, tu peux faire ce que tu veux. Ici aucun homme ne manque de respect. Ici, tu peux porter une robe en résille si tu veux. Mais, elle porte une jupe droite grise et un haut carré gris. Elle danse, elle invente le béton. Elle fait ce qu’elle veut.

Tu aurais dû la regarder danser. La musique habite ses chairs. Elle vibre, elle joue, elle est loin de toi. Elle danse comme elle fesse. Elle danse la musique, n’importe quelle musique, sans les hommes. Tu serais amoureux(se).

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illustration : Photo de Eric Eros


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