Nature mouillée 2


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Assise sur le tapis jaune, par la baie vitrée je soupire les gouttes qui restent accrochées au ciel gris. Il fait si vert que ce n’est pas l’hiver. L’herbe patiente, les tiges roses  penchent, courbées sous la douceur de la pluie. Alain chante pour le silence. Le vent caresse les feuilles aux verts d’argent. Elles frissonnent de désirs, se laissent prendre par le souffle tiède de l’invisible concupiscence. Les rameaux s’agitent et des flaques de plaisir s’écoulent jusqu’aux sols fécondés. Une balle, attachée pour amuser les nouveaux nés doux, est le pendule des longues heures vivantes. La vieille table s’effrite sous l’eau, l’immobile création humaine.

Alain défonce encore l’humide pensée. Il accompagne sans faire varier la note figée contre un cercle arc en ciel. Derrière-moi, je sens ta présence. Tu t’approches évanescent, tu poses ta main sur l’épaule et sans un mot, tu viens contempler la nature qui s’ébat derrière la fenêtre. C’est trois fois rien. Toi, tu sais entrer dans l’intime regard, dans le nectar de la fleur jaune, entrer sans bruit. Dans l’intense, madame rêve, princesse de Clèves condamnée. Pourquoi, donc, les femmes sont-elles condamnées à écrire leur intime, demande Simone dans le deuxième sexe ?

Je lève les yeux, ma chatte est éprise, interdite sous les poils noirs du mâle qui sans cesse revient chez elle. Il mord son cou, immobile lui aussi. Noir contre noir.  » Je cloue des clous sur des nuages, un marteau au fond du garage ». La nature se fait sous mes yeux tranquilles. Il mord son cou. Mord-moi encore la prochaine fois. Sous le mâle accepté, les chatons ont disparus, ma chatte se cambre, inébranlable désir chaud. « Je cloue des clous sur des nuages, Sans échafaudage ». Il lui mord le cou, les pattes écartées, elle miaule de ce cri de bataille captivée.


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

2 commentaires sur “Nature mouillée

  • Paul Auster

    Par les fenêtres de nos vie la vie nous parle.
    Chaque goute qui caresse chaque feuille est une larme de notre âme. la nature est éplorée de l’éternelle mélancolie de nous voir passer trop vite entre ses seins généreux et blessés.

    Je vous recommande d’écouter sur YouTube une chanson de Thibaud Defever : « tout me parle de toi ».