Miel de sapin 3


manara portrait yeux

Il n’y a pas de sexe, mais la sensualité est en pépites d’or, à passer au tamis des petits riens. Des morceaux de peaux nues se caressent de soleil.  Le chocolat fond sous la langue, le saucisson de pays résiste sous la dent avant de dégager sa puissance. L’eau tiède susurre la tendresse au sexe endormi. Allongée dans l’herbe chaude, seules les fourmis me montent. Les mots ne savent pas remplacer une queue de cerise enfournée dans une olive dénoyautée. Les lobes des abricots ne savent pas s’ériger comme un téton sous la langue. Même les demis-melons ne parviennent pas à singer les petits culs fermes qui se balancent sous mes doigts.

Il n’y pas de sexe, mais chacun des mots m’y ramènent inlassablement. Pourtant, mon corps semble avoir oublié la chaleur des désirs. A peine trésaille-t-il à la vue du torse-nu de ce vieux beau qui sort le fruit de son désherbage, par la porte cochère. Avec peine, sur la plage, il s’accroche aux torses post-pubères, ou pré-trentenaires, beaux et froids marbres grecs. Peut-être ont-ils le sexe aussi petit que ceux des statues antiques ?

Il n’y pas de sexe, mais il y a mon voisin de plage. Sur le dos, je lui caresse la hanche. Mes yeux, cachés sous des lunettes de soleil, s’arrêtent sur la trace blanche de son short de bain. Je voudrais toucher ta peau bronzée d’un doigt délicat pour ne pas t’effrayer. Je regarde la sueur qui perle de tes cheveux à peine grisonnant. Chaque goutte est mon doigt qui effleure ta nuque. Mes mains caressent tes flans, avec une gourmandise contenue. Je tournoie autour de ton corps comme les oiseaux du ciel valsent. Quand tu te redresses pour regard l’eau, je crains, un instant, que la grâce ne fut rompue. Loin s’en faut, tu t’allonges sur le côté faisant mouvoir tes muscles ni trop épais, ni faiblards. Dans ce mouvement, tu écartes les cuisses, comme l’homme nu tendu, l’autre homme celui qui est beau comme le dieu de l’ennui. Tu places tes fesses recouvertes de tissus gris, vers moi. Tu es couchée sur le côté. Planquée sous le marron de mes verres, je regarde tes reins, tes fesses qui s’esquissent et les fossettes de ton dos.

Je me faufilerai contre toi, je poserai ma main douce sur ta peau cuivrée, je te caresserai comme peu t’ont caressé. J’aimerai chaque parcelle de ta peau et tu m’accepteras, moi l’inconnue, moi et ma peau blanche et ridulée, tu m’accepteras car mes caresses seront un délice. Je livrerai tous mes savoirs pour que tu permettes à mes mains de se régaler de ta peau. Je te caresserai avec l’infirme tendresse de la conquête, je caresserai avec l’amour de ta beauté. Je t’apprivoiserai, conquistadore de ta pudeur. Mon doigt suivra l’élastique de ton maillot, doucement tout doucement, pour que tu saches que j’irais au bout de toi. J’oserai ton maillot et tu me laisseras faire, pris dans les filtres de ma bienveillance.

Pour goûter à ta beauté, je te donnerai le plaisir. Mais pas encore. Un nuage file à l’horizon au dessus de l’eau. Je mate derrière mes verres fumés, ma main se pose sur ta demi-bosse. Je t’impressionne trop encore pour que tu puisses rugir dur. Laisse-moi faire, ma main longera ton cou. Laisse-moi faire, je caresserai ton torse sans fin, tant je me délecte de sa couleur de miel de sapin. Je te sourirai et tu te détendras. Peut-être, pour reprendre la main, tu glisseras vers mes cuisses. Ta langue sur mes replis intimes, tu seras étonné de ce que je sais te donner. Peut-être. Mais tu n’en sais rien.

Tes enfants arrivent. Ils te font jouer au père. Je vois que tu es seul et mon désir sourit. Je comprends pourquoi tu es si bien entretenu, si bronzé, si sportif. Depuis que vous n’êtes plus deux, à nouveau tu veux plaire. Une large fossette se dessine en bas de ta colonne vertébrale. Tu es si cambré quand tu es debout et de dos. Surtout ne dis rien. Laisse-toi faire. Je te prendrais de dos, mes seins plaqués sur ta peau, mes doigts glisseront le long de ta cambrure, j’irais jusque- là. Et tu prendras ton pied, tandis que ton dos se cambra plus encore, sous le plaisir. Tais-toi donc, nos mots dissoneraient. Sois juste beau, laisse-moi te corrompre de plaisir, juste pour ces instants, pour une seule fois, laisse-moi ta peau miel de sapin, ne dis rien, soupire, prête ton sexe à ma bouche, tais-toi et jouis.

***

Illustation : Manara


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3 commentaires sur “Miel de sapin

  • Nemo

    Il ne parle pas mais elle cause..Sea, Sex and Sun .. Ce talent d’écriture, cette langue bien châtiée et ce corps qu’on ne voit pas…monté par des fourmis ! C’est frustrant à la fin Maria ces histoires de beach..:-) Consoles-moi, Marguerite Durance !

  • Paul Auster.

    Parfois je m’imagine (je crois que quelq´un a fait un film là dessus) que nous puissions entendre en direct toutes les pensées les plus secrètes voire inavouables des femmes (ou des hommes pour vous mesdames) qui nous observent.

    Le système éliminerait les pensées negatives ou critiques, non, que ce qui fait du bien, l’admiration, le Desir, ou plus…

    Cet homme a du sentir, inconsciemment ou un peu plus, votre présence desirante. Mais s’il avait pu entendre aussi précisément vos émotions! Imaginez les siennes…

    Peut être serions nous parfois malheureux si les circonstances, avec l’âge, se renouvelaient moins… Mais que l’expérience serait excitante!

    Metci de nous la faire vivre par procuration :-))