Maman les petits bateaux 6


tatouage bateau

Ce n’est pas mon physique que je donne, c’est l’intensité. Ce n’est pas ta queue que je prends, c’est ton âme aussi. Les filles étaient trop belles, et mes kilos collés, des grossesses et toutes ces choses qui font que le regard des hommes ripent ailleurs. Pieds nus j’étais, pieds sur le parquet, pieds contre le tapis. Pieds nus, tu ne savais que sous la peau transparente, il y a les mots sur écran. Pieds nus, tu ne savais qu’il suffit de réveiller le fauve.

Nous avons mouillé dans une crique. Première fois que je sors du port avec toi, avec un seul homme, avec les voiliers du challenge et le mal de mer. Mille fois depuis l’enfance, j’ai franchi le passage le long de la tour, j’ai rêvé les îles de l’autre côté et j’ai craint la vieille prison fortifiée. On ne sait jamais si le ferry pourra revenir nous chercher. C’est la houle seule qui décide. La légende raconte que des touristes ont passés la nuit dans le château, hanté par les ombres du comte. Je priais que les vents nous soient favorables. Ici, j’ai eu peur. Ici, j’ai consolé le bébé qui hurlait de fatigue. Ici sur la mer trop bleue, je t’aime sur les flots.

Nous avons mouillé dans la crique, derrière l’île rêvée. Je voulais vous décrire l’amour sur la mer calme et le bateau qui tangue sous les coups de reins. Je voulais raconter que nous avions regardé les étoiles, nus sous la couverture. Le ponton sans cesse remue, puis tu l’oublies. Je voulais vous décrire qu’au petit matin, au travers des vitres du bateau voisin, j’avais vu une beauté en nuisette à dos nu, une sublime bourgeoise auprès de qui j’aurais aimé boire la mer à sa source. Elle était belle comme dans un film. Mais, j’avais peur, c’était trop. J’aurais voulu parler après le porte-jarretelle volé. J’aurais osé. Mais il y avait mes kilos et les filles sublimes aux jambes de velours que je buvais des yeux. Je regardais, assise dans l’escalier de métal.

Nous avons mouillé dans une crique. C’est tout que j’ai réussi à dire. Quelqu’un a ri. Mouillé, le jeu de mot, et tout ça. Quelqu’un a ri, mais je voulais être une souris. Les filles sont belles, elles se connaissent, elles sont intelligentes, elles sont belles, elles ont fait des vraies études, leur corps rentrent encore, leur peau est lisse comme la mer d’huile.

Flotter sur le bleu de ma mer, avec un homme à la barre… Sais-tu les nuits et les matins, où mes mains ont trouvées le chemin des rives, tenant la barre, serrée contre l’amant ? Sais-tu la chaleur qui monte sur mon bateau ? Sais-tu l’augmentation des battements du cœur ? Et les seins qui durcissent ? Et la chair de poule ? J’étais sur l’eau, tenant la roue, ailleurs aussi tout en même temps, jusqu’à ce que ma peau atteigne le point où le rêve éveillé s’absente.

Nous avons mouillé dans la crique, et le lendemain, notre sirène à nous, notre sardine blonde est venue. Sur la plage, elle était belle au loin. Sur la plage, elle a enlevé son haut, elle a plongé. Comme dans les films. La réalité, parfois, c’est un peu trop à raconter. Elle a nagé. Elle est monté sur le pont, les seins dégoulinants d’eau salé. Elle est belle, tu sais. C’est la sirène du port. Nous lui ferons l’amour, alors que nous sentirons encore la terre ferme qui tangue, en regardant la mère dorée qui me veillait quand je ne savais pas encore parler. Ma mère me menait là-haut, même par grand vent. Je manquais d’air à l’époque de ma mère, je manque d’air, c’est la jouissance aujourd’hui. C’est ma ville exilée, la ville à l’odeur de l’huile d’olive chaude, mais la ville trop loin. Elle est belle, tu sais.


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