L’Odyssée d’Hélène 28


Ou, Pourquoi y-a-t-il peu de femmes sur les sites de rencontre ?

 

Tandis que les Hommes se battaient à Troie, Hélène se fit la malle. Elle se déguisa en moutons de Panurge, se fondant ainsi aux milieux des Mâles en rut prêt à découdre, pour une sombre histoire de rapt de poire-belle-Hélène. Elle passa la porte de la ville à reculons, puis elle se retourna pour franchir la distance qui la séparait de la mer. Les hommes, croyant que c’était l’un des leurs se taillant, n’y virent qu’une femmelette trouillarde. Elle souriait intérieurement et les laissèrent à leur pensée brute, se sachant bien plus maligne.

 

Elle arriva au niveau des tentes dévolues au repos du guerrier. Achille, qui s’était disputé avec Agamemnon, gémissait avec son esclave. Elle sourit, se souvenant de leur rendez-vous de conciliation, après l’échec de la délégation venant la sauver. Dans ses bras, elle avait repris goût à la vie et retrouver confiance en sa force. Elle avait pris la décision de fuir seule. Pendant qu’Achille barbotait dans l’ivresse des corps,  elle s’empara de son armure, la revêtit et se glissa jusqu’à qu’au navire le plus proche. La prenant pour Achille, les hommes du navire obéirent à Hélène. Elle demanda qu’on emmène ce cheval ridicule afin d’en faire des lasagnes pour le voyage.  Elle ordonna, ensuite, de retourner en Grèce.

 

 Dès qu’ils furent en pleine mer, elle quitta l’armure encombrante sur le pont supérieur. Entièrement nue, elle demanda des habits confortables. On lui apporta le drapé d’un roi grec.

 

Commença, alors, un long périple que d’aucun appelle l’Odyssée. Étant partis à la hâte, ils devaient s’arrêter dans diverses contrées pour se ravitailler. Les hommes rechignaient à cette perspective. Ils expliquèrent que chaque contrée était peuplée de créatures femelles qui ne savaient pas s’envoyer en l’air. Hélène, qui avait vécu enclose dans son gynécée, ne comprit pas leur réticence.

 

Trois jours plus tard, les lasagnes avaient été dévorées et les ventres criaient famines. Ils s’arrêtèrent, alors au premier port en vue. Là, les femmes étaient derrière les bureaux, donnaient des ordres et vérifiaient le cour des bourses masculines. Alors qu’Hélène était au comptoir des cotonniers, elle vit un homme se plaindre de ce que son salaire n’était pas égal à celui des femmes. La femme-du-bon-côté-du-bureau lui répondit qu’on était dans l’épisode la Revanche, et, que pour le moment c’était elles qui avaient le pouvoir. Alors, l’égalité, on y penserait, on ferait des lois, des décrets d’application, tout en continuant de faire travailler les hommes à mi temps aux caisses des hyper-comptoirs-des-cotonniers. Ces femmes voulurent faire d’Hélène leur égérie. Une femme commandant un navire est, d’évidence, une belle héroïne revancharde. Hélène refusa, tenant à sa liberté. Les femmes firent venir une catapulte et l’envoyèrent l’air, jusqu’à son navire. Les femmes virent, alors, Hélène prendre son pied en s’envoyant en l’air.

 

 Quelques tempêtes plus loin, ils tombèrent dans les filets de sirènes  maquillées comme des camions volés, et, aux seins lourds comme des filles de Tumblr. Les hommes envoutés par leurs charmes lâchèrent les rames pour attraper leurs queues durcies. Hélène essaye de négocier avec les sirènes. Peine perdue, les lolitas hype décidèrent qu’elle était trop nature, et, qu’une femme ne portant pas de Louboutin assortis de bas couture, ne pouvait faire obéir autant d’hommes. Hélène, ne sachant comme se débarrasser d’elles, eut une inspiration. Elle leur montra sa chatte poilue. Quelle horreur ! Les sirènes catapultèrent Hélène en l’air. Elles furent stupéfaites de sa capacité à prendre son pied, alors qu’elle-mêmes ne savaient lâcher un sourire, de peur de se rider le visage.

 

Trois ou quatre tourbillons plus tard, ils accostent sur une plage. Des milliers d’enfants vinrent à leur rencontre, chantant et  agitant des colliers de nouilles. Étrange, pensa Hélène, les nouilles n’existent pas encore. Leurs mères apparurent, ravies de rencontrer une de leur semblable. Elles lui offrirent un thé et des macarons. Elles lui racontaient le petit denier qui venait de pousser une dent, et, comment elles avaient réussis le meilleur gâteau d’anniversaire. Hélène finit par recevoir en victuailles, trois paquets de BN, une canette de coca, et, une serviette en papier spider man, pour le cas où elle se salirait. Elle demanda si, par hasard, il y aurait un rouleau de coke, des épinards et un pack de bière. Vous comprenez les enfants n’aiment pas, donc nous n’en avons pas. Les vôtres, ça doit pareil. Dès qu’Hélène prononça un non-je-n’ai-pas-de-n’enfants, les mères hurlèrent au blasphème. Comment avait-elle osé ne pas faire de gosses, et, ne pas s’enthousiasmer devant leurs histoires de morveux ! Elles sortirent la catapulte, l’envoyant dans en l’air. Elles, qui avaient couché pour faire leurs rejetons, se demandèrent comment cette hérétique prenait autant son pied.

 

Trois blizzards plus tard, voilà Hélène quémandant des victuailles sur l’île des couples parfaits. Les femmes l’accueillirent avec compassion. Ma pauvre, ne pas avoir de mari ! Mais qui te paye tes cours de sport ? C’est terrible. Hélène demanda où était les toilettes, en expliquant que, pour une fois, elle pourrait se soulager autrement que debout face à la mer. Les femmes blanchirent d’un coup. Quand Hélène s’adressa à un homme pour lui demander où était le lavabo, la femme de cet homme l’attrapa par les cheveux, la colla dans la catapulte et l’envoya en l’air, sous les incantations des autres femmes : « Retourne à ton navire, salope croqueuse d’hommes ». Mais, c’est qu’elle prend grave son pied ! On l’avait bien dit que s’en était une !

 

Cinq tsunamis plus loin, Hélène aborda sur les rivages des administratives, pour demander des victuailles. Les femmes répondirent qu’il fallait d’abord en aviser le Président. Hélène se marra en pensant à un camembert mou. Les femmes revinrent. Il fallait attendre, le président était en réunion. Hélène attendit. Pour passer le temps, elle demanda comment le Président préparait ses réunions. Les femmes, fières, expliquèrent que c’était elles qui faisaient tout le travail. Le Président toussota. Comme un seul homme, elles allèrent à son chevet. Puis, comme une nuée de mouches s’activèrent  à lui dénicher un café, un dossier rouge, une photocopie, une pile pour son vibro, un coussin pour ses fesses, un bâton pour se faire battre. Hélène attendit seule. Quand le Président les congédia, les femmes revinrent, le reste de café à la main, proposant à la belle des sucrettes pour son navire. Hélène rit et expliqua que l’appellation « président » lui rappelait le « Au revoir Président » comme à la télé. Outrées, les femmes lui tournèrent le cul, firent signer au Président l’autorisation de servir de la catapulte, et, envoyèrent Hélène en l’air. Aaah, c’est  donc ça prendre son pied ?

 

Hélène débarque en Grèce, retrouvePénélope et lui explique l’usage de la catapulte.Pénélope essaya. Elle trouva, là, un moyen bien plus agréable d’attendre Ulysse, que de filer cette stupide tapisserie.Or, dans toutes les contrées visitées, des femmes se révoltèrent contre l’ordre et réclamèrent leur part de jouissance. De peur qu’elles n’y arrivassent facilement et modifiassent les ordres établis, toutes les catapultes furent détruites. Pour faire la guerre, on inventa alors la bombe atomique, un projectile capable de s’enflammer et de faire des ravages. Et les bombes sexuelles, par ricochet. Les femmes voulant s’envoyer en l’air reprirent le bateau avec Hélène. Pour baiser, les hommes durent s’inscrire sur des sites de rencontres ou faire chanteur. Mais, hélas, il ne restait sur les sites que quelques mères, secrétaires, revanchardes et  administratives qui avaient vu Hélène prendre son pied. Quant aux chanteurs, ils n’attirent que les sirènes incapables de lâcher prise…

 

 Catalogue fantasmatique

Cette histoire fut tout d’abord publiée par Volubilis. Je la remercie de m’avoir donner l’occasion d’essayer un genre nouveau. Ici, le texte est légèrement retouché.
Sa proposition était d’écrire un conte des origines et j’ai choisi de répondre à une question méga existentielle: pourquoi y-a t-il peu de femmes sur les sites de rencontres. Puis Hélène est apparue amusée.


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