L’intime est sur l’étagère 3


livres

Dans la bibliothèque, l’intégrale de Bukoswki est rouge et épaisse. Elle me parle de vous que je n’ai croisé qu’une fois. Nous avons pris le café ensemble, nous ne nous sommes jamais revu. Vous m’avez offert ce livre, vous l’avez posé sur la table et vous êtes parti. Grâce à vous, j’ai écrit une petite nouvelle publiée sur du papier épais. La seule à ce jour.

Dans ma bibliothèque, Le Maître et la Marguerite soupire encore votre torse que j’ai aimé à la déraison. Longtemps. Puis un jour, je vous ais offert le dernier livre avant l’adieu et les baisers animaux. Vous lisiez plus que moi, encore. Vous lisez encore et moi aussi.

Au-dessus des autres livres, je n’ai plus de place mon cher amant, au-dessus des autres livres trône la chambre à part, le livre de la chambre qui écoute sans se lasser. Vous êtes l’amant des jours heureux, le mentor des partitions nouvelles et l’étincelle des désirs de vie.

Dans le recoin de ma bibliothèque, Cosmofobia, c’est l’amante et l’amie. Nous avons parcouru les villes étrangères et réciproquement. Je ne suis jamais encore allé dans la sienne au bord de l’eau. C’est l’amie qui joue des mots, mes premiers doigts dans l’inconnue féminin.

Entre les livres, la Salamandre, de l’ami/amant. Le voyage puissant au travers  les mots, son petit sexe et ses fesses de rêve, offertes et luisantes. Les mots de la Salamandre dansent encore sous mes paupières, le soir venu.

Claude, c’est le rendez-vous au rayon ethnologie. J’ai oublié l’homme, je n’ai jamais fini Tristes tropiques. Mais de ces rivages-là, j’ai croisé un vrai ethnologue. Nous avons pris un repas ensemble, puis il est parti dans des contrées exotiques. La vie, c’est aussi l’aventure inconnue. Claude, lui est toujours posé sur mes étagères. Je suis fidèle à mes livres.

Kafka sur le rivage, offert par l’homme qui me trouve étrange. Ce livre est étrange dit-il. L’homme nous juge fait pour nous entendre. L’homme ne se trompe pas sur mes goûts littéraires mais il se  trompe sur mes sentiments. Kafka est en cours, bientôt le secret sera rompu.

Sur les étagères, Anaïs et Henry s’écrivent à n’en plus finir. L’homme me l’a offert pour remercier l’avoir tiré dans cette antre où les mots plongent dans les interdits. Il n’avait jamais ouvert une BD érotique. Quand le plaisir me prend, je suce une des lettres de Nin et Miller. Les mots s’enchainent. Un bonheur.

A côté d’eux, les livres de mes plaisirs solitaires. Quoi de plus exaltant que se nourrir, seule, dans les rayonnages des mots noirs sur blancs qui appellent dans le silence ? Sur les étagères, mes liaisons égoïstes se mêlent. Ce sont des amours sur lesquels je suis tombé par le plus grand des hasards. Ils sont beaux, épais et ciselés : « La Mer remblayée par le fracas des hommes » d’Ophélie Jaësen; « portrait de l’artiste en déshabillé de soie » de Brigitte Fontaine; « pas dans le cul aujourd’hui » de Jana Černá. Trois femmes, trois poètes. Mes amours secrets.

J’ai offert des livres aussi. Et des fleurs, parfois. Juste pour le plaisir des mots éclos.


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

3 commentaires sur “L’intime est sur l’étagère

  • Paul Auster

    Il y a dans les livres offerts un don de soi renouvellé. Une invitation à la connaissance du cœur.
    Merci pour ce doux voyage amoureux dans les mots aimants de vos étagères…
    (J’aime stupidement « quand je pense a vous, je perd la raison; ou suis-je, ou vais-je, dans quel état j’erre.. Pffff)