Librairie my love 14


 Les livres érotiques

Entrer dans une librairie, c’est m’endormir debout. Un choix incommensurable de rêves sont alignés dans des rayons arrangés avec savoir-faire et selon la place disponible. Pour peu que le bouquin m’intéresse, je lis absente du monde, jusqu’à ce qu’un éclair de lucidité m’incite à consulter mon portable où je vois avec effarement que l’heure est dépassée. Excusez-moi un livre m’a retenu. Un livre séduisant et profondément pénétrant, cela va de soi.

 Or, ce jour là, j’avais du temps à tuer. J’entre dans une fausse librairie (oui vous savez celle d’une grande enseigne) pour entamer une vraie course d’obstacles : je saute au-dessus du rayon psycho de comptoir, repousse de la main les cuisines du monde, fuis les couples parfaits, navigue entre les romans Goncourt et les poches policiers. Je veux feuilleter un livre érotique ! Rien d’autre.

 

 

OOOOh le bon rayon tout de noir vêtu ! Les touches de rose c’est pour que vous compreniez bien que c’est un rayon pour fiiiiilles. Tenue sexy, menottes roses et talons exigés. Tiens ? Mr Grey est au rayonnage du bas. Il perdu de sa superbe. Re-Tiens ? Un mec, cravate, belle montre, chemise blanche, attitude branchouille, sans visage. Ah oui j’avais oublié, tenue  stéréotypée exigée. J’ai déjà vu un mec qui lui ressemble… Voyons…. Ah oui ! Lover69, Grandcharmeur5008, mégaBoGoss16cm ou CulBordéDeNouilles28ans.

Rassemblant tout mon courage, j’attrape Beautiful Stranger. D’habitude dans une librairie, j’ouvre les livres au milieu. Sauf pour les livres érotico-sexo-blabla. Voici pourquoi : un jour j’ai feuilleté le Grey, l’ouvrant au milieu. Rien. Au trois-dixième du livre, toujours rien. Une chatte avertie en valant deux, j’ouvre, donc Beautiful Stanger, au trois quart. Pari gagné, une scène de sexe. Bon. L’auteur est en plein dilemme. Suffisamment de cul pour vendre. Suffisamment de retenue pour ne pas choquer. C’est que… je voulais du vrai sexe, érotique, vivant, puisé dans les émotions, suave et excitant. Avec du foutre et de la sueur qui collent.

Madame l’auteur (oui sans e), le mot bite n’est pas suffisant pour me faire rougir. Encore moins me faire frémir. Merci.

Tiens, un autre livre : «Une fille entre dans un bar ». Cosmopolitan. Je tombe sur le chapitre, « Vous avez décidé de tenter cette aventure ». Ah ! Un fouet, un dominant, une fessée. De l’humour. Puis, la situation se retourne, la fille s’en prend à l’homme qui s’avère être bien soumis ma foi. Ça ne se prend pas aux sérieux. Du sexe pour sourire. À  faire fantasmer la catherinette LoLotte. Malgrè tout, je lis tout le chapitre, puis le suivant même.  Je me suis fait prendre à « l’histoire dont vous êtes le héros ».

Go vers le vrai rayon érotique, placé à côté du rayon voyage dans le monde. Encore les mêmes bouquins noirs, sur la tranche cette fois. Quelle imagination ! Ah ! Une tranche blanche, «Anthologie de la poésie érotique» . Là, ma main frémit, tire le livre. Pourquoi est-ce que sur la couverture la dame nous présente une paire de fesses violettes, drapé dans un velours classique et face à un tableau  à bulle vaguement contemporain ? C’est assez laid. J’ouvre l’anthologie au milieu. Et là ! Je sens que je vais prendre mon pied. Des plaisirs éclectiques et savoureux. Le tout pour 5 euros de moins que le coup-de-cœur-du-cosmo ci-dessus. Marché conclu.

Passage en caisse. Même pas honte. J’ai connu pire. Aux réceptions des hôtels. Aux sorties des toilettes. Bref, je vous passe les détails. Ma vie sexuelle ne vous regarde pas.

Donc,  la caissière lorgne sur mon livre, le prend avec respect et lui fait passer le check du code barre. Elle le repose, tout en gardant un œil dessus. Je prends soin de ne pas toucher au livre, de peur de faire fuir son envie. Check de la banque. La caissière attire le livre à elle, mine de rien, avec la délicatesse et l’appréhension d’un amant qui prendrait la main d’une inconnue. Elle ouvre, lit mine de rien. La transaction est finie. Je me tais, avec application, pour ne pas briser ce temps suspendu à quelques mots érotiques. La caissière et le livre, seuls au monde.

Grrr ! Une cliente demande le prix d’un coffret de préfabriqué de plaisir culinaire. Briseuse de charme, éléphant dans un magasin de porcelaine fine ! La caissière lève la tête. Elle est ailleurs. Elle fait répéter deux fois la cliente. Je ne sais ce qu’elle a lu, mais je l’ai vu se perdre dans  l’anthologie. La caissière soupire. La réalité reprend ses droits.

Il n’y avait qu’une anthologie en rayon. Je n’ai pas eu le courage de le lui dire. Ni l’audace de lui dire qu’elle devrait se l’acheter aussi.


 « Je ne peux pas m’en tenir aux choses de l’âme avec elle, pourquoi ne viendrait-elle pas me rejoindre ici » -Artaud

 « Trou du cul de la Bien-Aimée
Te donnerais-je le nom d’une fleur ? »
-Frick

Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

14 commentaires sur “Librairie my love

  • dita

    J ai acheté dans ma petite librairie la semaine dernière  » les fantasmes, l’ érotisme et la sexualité » de Claude crepault ( sexologue québécois). Et oui je bosse pendant que certaines rêvent :D
    Tu Nous raconteras ?

    • Marie Tro

      L’anthologie me sert surtout pour puise de tant à autres un texte.
      L’un des livres que je lis en ce moment (oui pour des raisons pratiques je lis plusieurs livres à la fois) est d’Anïs Nin (commandée par internet, mais il ne fait pas le dire ce n’est pas politiquement correct). Là j’ai des trucs à a dire ;)

      • Charlie Liveshow

        ayaaaaa c’est maaaaaaaal (la commande internet s’entend, pas Anais Nin …) oui ok c’est politiquement correct mais j en ai marre que nos centres villes soient envahis de bijoutier, banquier, marchand de lunette, d’assureur et de pharmachien j’aimerai voir des troquets, des libraires (des vrais) des petits createurs des trucs et des machins qui vivent quoi

  • Brigit

    mais elle est où cette fausse librairie d’une grande enseigne ? parce que les rayons érotiques, je ne les trouvent plus chez mon dealer habituel, celui qui se prend désormais pour un vendeur d’électroménager ! (où va le monde, je vous jure… pfff) d’ailleurs j’y avais découvert les Sylvia Day en VO. nb j’en ai lu 1,35. l’idée du premier était intéressante et trouble (un savant un peu fou débauche son ancienne amante et mère de famille dans un but inavouable et dans des circonstances pas du tout crédibles). ça changeait du milliardaire tourmenté et de l’ingénue nympho (ou pas). je n’ai pas tenu jusqu’à la moitié du 2è tome.
    c’est amusant, j’ai eu une conversation avec une jeune caissière de cette même enseigne sur le theme FSOG, très décomplexée… en fait en toute simplicité, ce qui a posteriori était assez troublant, mais je ne me souviens plus quel livre j’avais acheté à cette occasion !
    Effectivement, on ne trouve pas grand chose au rayon « érotique », je comprends maintenant pourquoi : vous piquez tous les bons plans ;)

    • Marie Tro

      Piqueuse de bon plans… en jolie carrière en perspective.
      (Pour les bons plans hommes, on peut toujours s’arranger, mais PAS pour les livres)

      En fait ma vraie source de textes érotiques, reste les blogs. Il y en a de très bons.

  • Paul Austère

    Oui, j’aime beaucoup la citation finale…
    Plutôt que rose ou oeuillet cependant, bouche charnue ou baiser rond me plaisent autant….

  • Charlie Liveshow

    Oh merci merci mille fois, déjà de retrouver ta plume que j’aime mais aussi, voire surtout pour ce billet qui dit mon désarroi fréquent et cette vague tristesse devant ses best sellers enfin tout est dit dans leur rubrique Meilleur vendeur j’aimerai un rayon best book, best history best ce que vous voulez mais non on résume le livre, la littérature, erotique ou pas, à un objet de consommation.
    Best sellers !
    Si tu voyais ou plutôt entendais les podcast erotique qu on peut trouver … entre 1 minute et 10 minutes max … et je ne parle même pas de l’interprétation. Car oui lire un texte c’est l’interpreter, c’est le jouer si c’est juste le lire mots après maux … les logiciel de reconnaissance de texte le font à m e r v e i l l e s…