Les treizièmes rugissants 1


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J’ai aperçu la lumière douce caresser les toits gris. J’ai poussé les rideaux d’opaline. Côté cour, les murs dorés présentaient leurs fenêtres entre-ouvertes. Côté jardin, le bal se dessinait sur une pince à linge vierge. J’ai respiré les fromages des contrées, le nez à même l’assiette, instinct décuplé. Sur mes papilles, la langueur d’une pâte forte diffuse des parfums de chair. Puis, j’ai vu la lumière courir sur le paquet sombre.

Je n’ai vu aucune chaussure d’homme, aucune. Tu ne peux pas savoir, toi. Des chaussettes noires parcourues d’un liseré blanc, des chaussettes tigrées, des chaussettes noires au bout rouge, mais pas une seule chaussure masculine. Tu ne peux pas savoir la frustration. Soudain, une paire de bottes descend l’escalier.

J’ai vu monter des bulles le long d’un verre dont les aspérités sont invisibles. Je n’aime pas boire dans un verre noir. J’ai entendu le bouchon sauter, et la musique se faire une beauté. J’ai vu, près de la source d’appartement, les cils s’allonger et la robe noire se mouvoir dans une brise secrète. C’est un rituel, dit-elle.

De grosses boules colorées montent le long de l’escalier hélicoïdal où grimperont de jolies chattes libres. Des poilues et douces, des chattes perchées sur des talons hauts, des chattes sages aux aubes noires et aux fourrures fixées sur les seins. En haut de l’escalier, la bibliothécaire -les lunettes, l’écharpe et la culotte – collée aux rayonnages prendra l’onéreux tribu du plaisir. Je l’ai vu, elle est belle, aux seins ronds, aux fesses souples et à la jouissance généreuse. J’ai vu sa peau ondulante s’abandonner sous le style d’une autre. J’ai vu l’auréole de sa mer sur le rivage rouge. Allez regarder vous-aussi, allez regarder la beauté des natures qui s’enchâssent tout contre les livres.

J’ai vu dans le noir, des seins nombreux et un homme au bord, dévorés de plaisir. J’ai vu la voix invisible. Et l’étoile qui se meut sous mon doigt. Devant mes yeux, les rayures blanches de la gazelle capturée. Ils rugissaient de silence intense. Tout au long du parquet, la lumière coure jusqu’au sommeil disparu. Leurs sexes sous leurs bouches, et ma respiration. J’ai vu le coup tendu de la démone, et la jouissance qui expirait au bois du sol.

Le canapé était noir, et la panthère cachée en trompe l’œil. Le tapis est blanc, doux comme un agneau, et les blés étaient couchés sous les pieds de l’autre mâle. Je retiens ma respiration pour ne pas réveiller la belle. J’ai du des pieds aux ongles rouges entrer et sortir de la bouche de l’homme allongé. J’ai vu la main de l’homme entrainer la bibliothécaire vers le septième étage. J’ai vu la fermeture éclair descendre sous mes doigts. Il y avait là un do pur sorti du long tube à trous. J’ai vu ses yeux perdus, ses tressaillements sous mes doigt entrés. Je fus saisie par la beauté de la fourrure noire. Saisie.

Les cordes rouges tournent autour de ses bras, en rang parfait. Je regarde la corde fuser sous ses doigts, je regarde le geste du navigateur au tatamis pourpre. Perché à la poutre, un bambou est encordé avec savoir-vivre. J’ai appris, il y a longtemps, les nœuds, enfin d’autres. La corde s’enroule comme le serpent autour du tronc, la corde monte hypnotique entre ses mains expertes. Peu à peu, le corps s’élève, les seins entourés prennent vie, les jambes se déplient. La beauté à genoux se déploie, petit bourgeon qui éclot. La corde coule le long du tronc, les hanches sont à hauteur des yeux. Il fait beau sous le plafond.


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