Les absents 1


homme-invisible-500x771

Il eût des hommes dans ma vie après qu’il y en ait eu si peu. Le premier fut l’absent. Le second absent aussi. Ils étaient des entités qui voyagent en tapis volant, Énée et Ulysse à la fois, je le croyais dur comme vrai. Il y avait l’arrière-absent, aussi, l’ombre de l’ancêtre entre les murs de la ferme brûlée. Mais c’est au second que je dédie ces mots.

Sable chaud, je ne sais le désert, je ne connais pas les voyages ni les traces de roues dans les dunes ensablées. C’est un mirage qui court vers Dakar, un immigré sans fanion.  Je n’ai pas mon permis camion. C’est un cargo où l’on travaille pour voyager, je ne sais pas quel travail, si c’est un voilier de riches ou si la mer est salée. Dort-il dans un hamac ? Un voyage organisé en Amérique, un voyage pour les vieux, lui dont le cancer ronge, il s’est égaré du groupe, comment l’aventurier peut-il rester dans un car climatisé ?

Il ne me reste que les bribes du silence. Sous la table en bois, ancestrale vieillerie, des bacs en plastique contiennent des papiers jaunis et des carnets de voyage refusés. Et la lettre du journal qui dit non, vous ne serez pas publié. Les plages sont sépias et vides. Aucune trace des autres femmes ne se retrouvent entre les chemises classées. Il a laissé en héritage un étage entier de brosses pour les toilettes et d’abattants de WC, des milliers de savonnettes emballées et des papiers empilés à même le sol. Il m’a laissé en héritage, les œufs de ses poules, c’est sale un poulailler, jamais je n’y remis les pieds. La maison interdite de séjour repose en paix au bord de la nationale. Ils ont coupés les bambous. Les cigales continuent à y chanter. Et Mario y vient tout près.

J’ai enfilé sa salopette. J’ai posé mes lèvres sur ses porcelaines vierges. Dans la maison brûlée, j’ai laissé, accrochées au mur, les patènes en métal piqueté. J’ai jeté sa mallette de commis-voyageur. Il m’a laissé en héritages des torchons neufs qui essuyèrent les plâtres de ma sagesse. Mais ma vie a coulé sous les ponts.

Il est interdit de séjour, il est un immigré des souvenirs, un rital un peu sale. Il avait des chaussures de roi africain, et des bretelles de mafieux. J’étais enfant de loin, une lettre de Noël que j’écrivais au stylo plume. Il ne fallait pas poser de questions.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire sur “Les absents