Lêche vitrine 10


Les vitrines scintillaient, la rue bruissait, les plots ravissaient les enfants qui sautaient de l’un à l’autre. Entre les murs étroits de cette ruelle blanche, des guirlandes donnaient le ton de la fête. L’air était sec et perçant. L’insouciance se conjuguait à l’espoir de goûter aux juteux fruits confis baignés dans cinq, six ou sept sirops de sucre. Juste après Noël. Il y a un an.

Je passe devant une boutique d’objets en cuir, la tête tout à la joie de flâner. J’y attarde mes yeux pour le plaisir de ce cuir, pour la beauté des objets et par habitude d’aimer toutes ces sensations. Souple ou épais, granuleux ou lisse. Je devine leur odeur et leur texture. Des sacs bien trop cher, des gants ajustés, et, dans un coin des portefeuilles noirs. Dans ces ruelles piétonnes de centre-ville, quoi de plus banal. Un poing. Mon cœur fait un tour sur lui-même, mon cerveau s’éteint quelques secondes, et, ton image transperce mon ventre. C’est ton portefeuille. Cela fait deux mois que tu me dis bonjour et bonsoir, deux mois que nous n’avons pas fait bruisser nos peaux l’une contre l’autre. Je ne savais pas. Je ne savais pas que je tenais autant à toi. Mais mon cerveau lui sait. Mon cœur ne fait qu’une bouchée des cloisons montées au ciment de l’intelligence.

Alors, je me suis mise à lécher la vitrine froide. Ma langue s’écrasait de toute sa largeur sur l’immaculée présentoir. Je léchais avec avidité ton torse congelé. Je laissais couler ma salive dans ta bouche grande ouverte, et, elle s’écrasait par terre sur les pavés indifférents. Je plaquais mes mains sur la vitre inepte, à l’assaut de ton reflet. Je la caresserais tentant de réchauffer ton silence. Seules quelques nappes de buées rougissaient de mon inconvenance. Voyant que tu résistais à mes appels, je décidais de soulever ma robe, de baisser collants et culotte et de frotter ma toison d’hiver à ton corps de verre. Je frétillais d’impatience, le froid électrisait mon clito mais toi, tu restais de marbre transparent. De loin, j’entendais des voix. Elles faisaient suite à un long silence truffé de chants vides. Dans un coton brumeux, je percevais des mots dont la raison m’avait échappée. Je levais ma robe plus haut encore, pour coller mes seins tendus à ton corps livide. Je m’étalais à toi, mais, ton désir m’échappait, enfermé dans ce portefeuille noir.

Tu viens, on va sucer des fruits confis, des cerises, des melons et l’angélique frivole. Je laisse des mains chaudes reprendre ma nudité. Je laisse des voix manipulatrices m’embarquer entre deux bâtons de chaise. Je m’enfouis dans ton portefeuille perdu à l’ombre des sapins.

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Deux nouveaux ce jour….


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