Le ventre du monde


Recroquevillée sur le sol, j’entends les bruits du monde. Il craque sous mes oreilles, il s’agite tout autour. Entre mes mains, mes jambes sont immobiles. Le bois flotte, je souris au retour. Dans mon monde ne restent que les sensations, les pas mêlés, les objets sonores, le caoutchouc dansant. Dans le ventre du monde, je flotte. La foule se range, pas à pas, au pas crescendo. Plus jamais le monde ne frappera pour me faire revenir parmi eux. Ils veulent me parler pour que je leur retourne mais l’irréel est mon pays. Laissez-moi m’assoir à côté de la sortie, contre la vitre fraiche.

Le rap rythme, le monde crie par les fenêtres. Dans la rue, les klaxons sonnent et ma barre grise résonne de musiques. Le marche-pied vibre sous mes plantes. Dans mon monde, l’autre s’agite tout autour, évaporée dans mon corps. La batterie m’enveloppe. Elle fait vibrer le bois du fauteuil. Je est l’intérieur sans monde. Il danse, bras dans l’air chaud pour personne. Plaisir des mouvements. Je brasse des rêves. Je sculpte l’atmosphère.  Le silence des pensées sont le cocon du papillon lié au sol.

Ils me voudraient moins expressive dans le malheur mais ils veulent ma peau quand elle donne tout. Le monde tourne autour à l’affut. Il lui faudrait me façonner. Les émois sont instables, inflammables, incontrôlables. Les émois sont ingérables. Le monde voudrait que je les range, à leur place, dans des mots fixes au mur, clairs avec des points et des virgules, dans leur sens sans détour. Prends mon cou. Fais-moi bouger, chose sans sens. Ne dis rien. Fais. Assise, couchée, debout, sous ta main, sans air ou avec.  Recroquevillée sur le parquet, l’intense est.

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Illustration : Couverture de l’album de Asaf Avidan The Study On Falling

 

 

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