Le pouce vert


Il faisait chaud d’ennui et de canicule naissante. Assise à côté de moi, ma jolie cheffe en robe noire, aux orteils si rouge, aux chaussures noires, à la bretelle de soutien-gorge assorti aux ongles. « Parfaite, trop parfaite, ne sais pas jouir ». Mon cerveau produit parfois de grosses bêtises, surtout quand il s’ennuie ferme en réunion. Il faisait chaud, et même mon téléphone ne me procurait aucune distraction intéressante. Les vitres de la salle sont floutées , les rêveries ne peuvent pas s’ébattre dans la nature.

Quelques chaises plus loin, un collègue prend la parole. Il est plutôt sympa, plutôt intelligent et très libre dans sa tête. Il bosse bien et efficace. Un bon collègue. Moche, le nez trop long, le menton trop long, rasage plus qu’approximatif, catogan tout décoloré avec début de calvitie. Mon cerveau produit parfois de grosses bêtises, surtout quand il n’ennuie dur en réunion.

Je vois son sexe, long et dur, son gland brillant. Je m’en émeut. Je soulève ma robe, baisse ma culotte sans autre façon. La vie est simple comme un consentement. Je viens m’assoir sur ses genoux, son sexe en bonne place.

Serais-tu enfin choqué si la collègue faisait ce qu’elle mime ? Même pas, m’avait-il répondu. La collègue lui avait fait un doigt d’honneur assorti d’un « dans ton cul ». Pour rire. Je n’ai pas ri, je l’ai pris au pied de la lettre. Je pose mon pouce sur sa rondelle, j’y colle de la salive. Il trésaille. L’étoile est souple et accueillante. Je le savais. J’ai le pouce vert, il a le terrain agricole. Avec douceur, de cercle en cercle mon doigt avance. Il est beau, nu, sur ce bureau. Avec persévérance, mon doigt est au point de friction, celui où il faut crocheter la serrure.

Elle a pris le relais. Je l’ai guidé sur l’escarpement. La crête est belle au bord du gouffre, vue plongeante, nature open.  Son pouce entre en danse et lui aussi. Langue sur les arrondis, j’aime qu’il se perde en sensation. Elle le prend par les sentiments jusqu’à la prostate. Je ne suis qu’un tuteur d’idylle naissante. Je recule. Ils sont beaux à se dire des secrets sales. Je regarde encore un instant, l’homme sur le bureau, elle. Je m’éclipse. Demain, peut-être nous retrouverons une boucle d’oreille égarée de jardin nouveau.

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Illustration : Marion Fayolle

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