Le grand sommeil. Comme neige


 

Ces derniers temps, j’ai eu la chance de pouvoir finir deux livres dont je vais vous faire la chronique à ma façon, comme d’habitude. Ils n’ont rien avoir entre eux, à part le seul fait que je les ai lu, l’un après l’autre. Ainsi va le hasard des découvertes littéraires.

Le premier est un polard de Raymond Chandler, au doux titre de  » Le grand sommeil » paru en 1939. Un peu déroutée, au départ, par le style à l’ancienne et très descriptive du premier chapitre, je me laisse prendre peu à peu dans l’histoire alambiquée. C’est que l’humour noir y est excellent. Puis, une fille nue sur un fauteuil dans un décor suranné asiatique, un trafic de livres pornographiques dans une librairie, finissent de m’attacher à l’intrigue. C’est un excellent roman à tiroir, avec une ambiance délicieusement vieillotte (pour nous lecteurs actuels) où les hommes sont en costume trois pièces et possèdent de petit colt de poche. L’écriture elle-même du roman, dans la manière dont s’enchainent les scènes et les actions a le goût de l’ancien. Les rebondissement paraissent impensables dans notre époque plus procédurière où les voyous et les détectives n’ont plus de code d’honneur. Je me demande toujours, avec quel regard on pouvait lire le roman à l’époque où il est sorti. Je pense qu’il est impossible de faire ce retour en arrière, tant nos références ont changées. J’aimerais pourtant…

 * Elle se leva lentement et s’approcha en ondulant dans sa robe noire collante de tissu mat. Elle avait de longues cuisses et marchait avec un certain petit air que j’avais rarement remarqué chez les libraires. Elle était blond cendré, les yeux gris, les cils faits, ses cheveux en vagues arrondies découvraient des oreilles où brillaient de gros boutons de jais. Ses ongles étaient argentés. Malgré son attirail, elle devait être beaucoup mieux sur le dos.

Elle s’approcha de moi déployant un sex-appeal capable d’obliger un homme d’affaires à restituer son déjeuner […]

* Il ménageait ses forces avec autant de soins qu’une danseuse en chômage sa dernière paire de bas. 

* Aucune des deux personnes qui se trouvaient dans la pièce ne fit attention à la manière dont j’entrais; pourtant une seule d’entre elles était morte.

***

Comme Neige Colombe Boncenne

Le second livre est un roman français, Comme neige de Colombe Boncenne, paru le 01/01/2016. Il  y est difficile de démêler le faux du vrai,ce qui n’est pas pour me déplaire (voir Celle que vous croyez). L’intrigue, assez simple d’ailleurs, tient en haleine jusqu’au bout. Au milieu du livre, j’ai même cru que nous ne saurions pas le fin mot de l’histoire. Lorsque j’ai reposé ce joli roman au style frais et agréable comme un petit vin blanc sec, un peu vert et jeune, je gardais des tas questions qui resteront sans réponse. Et, c’est la force de ce livre.

D’une manière personnelle, lorsque je referme un roman français – j’ai eu la même sensation avec un roman belge – je me dis que l’histoire pourrait être bien plus concise comme une nouvelle de Carver. Ou bien, je me demande comment Alice Munro aurait traité le thème. Ces romans racontent autre chose que l’histoire. Ici, c’est l’occasion de jolies balades en Bourgogne-Franche-Comté, en Bretagne, en Normandie ou dans les rues de Paris. Entre les lignes de l’enquête, Colombe Boncenne décrit le monde de l’édition et des amateurs de livres. D’ailleurs, il est à noter que « Comme neige » est édité dans un format original et sur un beau papier légèrement grainé, ce qui donne un charme indéniable à cet objet.

Cependant, et cela n’engage que moi, je préfère la concision des textes, et les romans me déçoivent souvent par le développement des aparté. Pourtant, j’ai trouvé une de ces aparté délicieuse d’observation et de vérité : je la nommerais « l’épisode de l’achat de l’encyclopédie ». Elle pourrait faire une très bonne nouvelle. (Comme vous l’avez remarqué, je suis une fan de nouvelles et/ou de littérature anglo-saxonne).

Oh, j’ai oublié de vous mentionner la belle histoire d’amitié sexuelle et littéraire. Ou d’amour. A vous de juger. Et de vous dire, que ce roman décrit la vie toute simple au quotidien, sans emphase, avec ses rebondissements et surtout ses choix fait au fil de l’eau.

* Hélène m’invita à monter chez elle au prétexte de me prêter un livre dont nous venions de parler. Aucun de nous deux n’était dupe et je répartis sans livre mais avec l’odeur de son corps sur le mien.

* Dans une rame de métro bondé, je crus voir une hallucination : au fond du wagon une femme discutait avec un épi de maïs. Une observation plus précise de la scène me fit comprendre qu’un minuscule appareil portable était coincé entre son oreille et le lainage de son bonnet, en réalité elle téléphonait  tout en grignotant un maïs grillé.

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