L’amour funambule 1


Funambule

Au-delà du fil invisible, vous êtes le témoin fantôme. C’est pour du jeu, c’est pour du vrai. Je dois vous délivrer un message et je n’ai d’autre choix que de traverser le fil imaginaire. Des deux côtés du  précipice mortel, je joue ma vie à chaque pas funambule. A chaque pas funambule.

A l’autre versant, je voudrais vous dire l’amour, mon amour. Sur la ligne perspective, vous êtes sourd de mes mots. Seul mon corps, sur le fil du rasoir, vous laisse deviner les émois. De chaque côté de la crête mouvante, les écueils de la vie. Si je doute trop, mon pied se posera dans le vide et je sombrerai dans l’immense banalité mortelle. Si je me précipite, mon corps s’abîmera dans les reproches sans fin des proches où je ne puis être prophétesse. Vous êtes là-bas, et au bout du fil, je vous dirais les trois mots qui changent la vie.

J’hésite à mettre le pied sur la corde où rien ne m’y oblige que mon désir. Respire, oh mon âme. Respire. Fixe tes yeux sur ta destination et pose le premier pas au-dessus du vide. Là-bas, les trois mots qui changent une vie murmurent leur incandescence. Sur la corde imaginaire, mon amour, je mets mon corps en branle pour te susurrer à l’oreille le désir des jours infinis.

Mes bras sont l’équilibre de chaque avancée, mes bras bientôt enserreront ton torse. A chaque pas, retrouver le sens. A chaque pas, faire taire le raisonnable. Je te vois mon amour et plus mes jambes vacillent et plus mon cerveau craint, plus je te veux t’aimer. De chaque côté de la corde raide, les précipices de la vie sur rails me tendent des bras assassins. Regarde-moi mon amour. S’il te plait.

Regarde mon corps qui tremble pour toi. Regarde mes doigts qui cherchent l’équilibre entre la folie et la jouissance. Regarde mon torse nu dressé par l’effort. Mon visage porte la sérénité concentrée qui se joue des chutes.

Le fil vibre sous mes doutes, puis-je revenir en arrière ? Puis-je reprendre mon audace ? C’est trop tard. J’ai grillé le départ, brulé les douceurs et je suis au milieu du vide. Tu ne peux rien pour moi. Mes bras tant bien que mal se balancent fermes, mes yeux se ferment pour ne pas sombrer.

Sur la moquette grise, un pied devant l’autre, sur le fil imaginaire, je transpire pour aller te délivrer ces trois mots. Toi mon amour contre le mur, toi mon amour sourd.


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