La main 1


De puissantes mains prennent possession de mes épaules, le voyage peut commencer. Je dépose le monde sur le tatami, les seins dans un débardeur noir. Toujours le même. Donner ses mains, c’est se prendre au jeu. Se taire, c’est entrer en ordre. Des pelures de jute enneigent mon caleçon noir. La tension ferme s’enroule autour des mes épaules. Tout contre son corps, je plonge. Main sur la nuque, contrainte puissante. Mains aux épaules, je suis présente.

Mon corps, celui-là même qui m’encombre au quotidien, est énergie. Je suis une matière vivace qui bascule vers le sol. Je suis cuisse levée,  coup de pied entortillé. Bientôt, le sang cogne au bout des orteils. Je suis ventre écrasé et petits gémissements.

Bande-moi les yeux, s’il te plait. Des regards masculins au bord du mur, j’ai peur de me perdre dans les méandres de mon cerveau. Bande. Souffre, respire, plaisir, partir. Quand le bandeau tombera, un homme aura disparu, l’autre, appuyé sur sa main, la hanche au sol, sera le spectateur muet.

Montre-moi tes yeux encore. Les yeux ne mentent pas. Je reviens. Contre son ventre, je me replie. Je soupire. J’apprends le temps sans le forcer. Contre son dos, mes mains caressent. Toucher, le salut, le retour. Il s’allonge à côté de moi. Le silence est. Les sourires aussi.

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Illustration : Judy Graese — From the book: MERMAIDS, Compiled by Elizabeth Ratisseau,

 


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