La fille de Poséidon 2


John_Currin_

Au départ, ce genre de fille, ce n’est pas came. C’est comme ça qu’on dit dans les polards où le héro est un homme mal léché, à l’appartement jonché de papiers, de cendriers froids et de vaisselle à faire. Disons que cette fille, de but en blanc, je n’aurais pas misé un coquillage dessus. J’ai préféré sa voisine de table, fine, teinte en blond finaud pour couvrir les premiers cheveux blancs. Ses boucles d’oreilles longilignes et rectangulaires scintillent dans le soleil. Et moi, je me perds dans ces lueurs fluides. Cette voisine porte la grâce de l’originale assimilée. Je jouis des effluves de sa présence. En silence.

Et moi, parmi elles, je me sens loup dans la bergerie. Elles ont éliminées les hommes de leurs lieux. Elles en parlent, entre deux dossiers. L’une souffle son attache à l’habitant d’une seconde capitale. L’autre esquisse une blague grivoise sur les maladies qui se transmettent par contacts rapprochés. La troisième s’essaye en couguar auprès du jeune-homme au teint mat et au sourire transperçant. Mais moi je les regarde elles, je les dévore. Elles ne se méfient pas de mes appétits tenus en laisse.

Elle, je ne l’avais pas mis au palmarès des filles attirantes. Mais, quand j’ai croisé sa cheville tatouée dans un escalier étranger, j’ai su que son corps me plairait. J’ai senti la houle de sa hanche et la douceur de sa grève lisse. J’ai suivi le pied aux couleurs des poissons volants jusqu’à ma destinée.

Elle est à genoux dévoilant la rive de son dos. Mon regard dégringole sur ses fesses. La douceur du soir lèche chacun de ses grains de beauté et je me coule dans le bonheur. Les yeux sont les premiers joueurs des corps. Soudain s’ouvre le fruit, je défaille sous la beauté des pétales d’argent luisant. Elle est la poésie intime. Et j’aime dans mon regard voyeur.

Elle est à genoux, mes doigts s’introduisent par deux au centre du tourbillon. Ses courants chauds dérèglent le climat. Elle se cabre. Désir. Elle se cabre plus haut sans lâcher sa propre prise. Elle gémit depuis la mer d’Orient. Sous le grand flot, ma main brille. Elles sont rares les filles de Poséidon.

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Illustration : John Currin


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