La bot à fantasmes 17


robot, bot

C’est le cinquième cas en quinze jours. Encore une femme qui va me raconter une histoire de cul, marmonne Pascal ! Si je dois me reconvertir, je pourrais toujours faire des piges érotiques ! Il faut dire, qu’en quinze ans de service comme officier de police judiciaire, Pascal n’a jamais écrit autant de comptes rendus d’interrogatoires à ce point teintés de sexe.

– Je vais prendre la déposition, lance-t-il à Florine, sa collègue.

Il fait entrer dans son bureau une femme d’une quarantaine d’année, portant un jeans et un pull gris pailleté et décolleté. Derrière son fauteuil, sur le rebord de la cloison, Pascal a disposé une collection de motos à laquelle il ne prête plus guère attention. Si la femme l’avait interrogé, il lui aurait sans doute donné sa réponse habituelle, regrettant le temps de la brigade motorisé, et il aurait évoqué l’accident à cause de cette femme nue qui traversait la rue.

La femme ne dit rien, à peine assise sur le bord de sa chaise. Elle semble gênée d’être là.
– Vous êtes bien installée ?
– Oui, répond-elle trop vite, comme pour accélérer le moment où elle pourra déballer son histoire.

Cette femme semble si crispée, que Pascal lui raconte sa petite anecdote préférée pour détendre l’atmosphère : elle a de la chance aujourd’hui, le bureau est propre, il vient de passer la serpillière dans le bureau. Depuis les restrictions de budgets, il le fait lui-même le jeudi. Et encore, aujourd’hui, il a eu de l’eau chaude, la semaine dernière il n’y avait plus d’eau à cause de canalisation défectueuse depuis un an. Pascal aimerait que la femme l’imagine la serpillère à la main, et nu sous un tablier de ménage. Pascal imagine beaucoup mais agit peu.
– Enfin, vous n’êtes pas là pour ça, madame, conclu-t-il

La femme se met à parler, vite, très vite, de manière presque mécanique. Dès les premiers mots, Pascal sait qu’il va ajouter cette déposition à l’affaire qui occupe tout la gendarmerie.

« Je suis venue de la part de mon amie. Elle m’a envoyée un mail dont j’ai perdu la trace après un bug de mon smartphone. Elle m’a demandée de venir témoigner à sa place, et de ne pas l’appeler à ce sujet car elle a trop honte de ce qui s’était passé. Mon amie est directrice du conservatoire de musique, et ça s’est passé avant-hier en fin d’après-midi, à l’heure où les enfants viennent travailler leurs instruments.

– Que s’est-il passé, demande Pascal ?

Mon amie, reprend la femme, entend un hautbois jouer, alors que la professeure n’a pas cours à cette heure-là. Au fur et à mesure, le joueur, qui avait entrepris « la basse-danse dite de la Fosse », faisait de plus en plus de fausses notes. Intriguée, mon amie monte à l’étage, ouvre la porte de la classe et y voit l’impensable. La professeure joue du hautbois, assise sur un bureau, les cuisses écartées tandis qu’un homme la lèche avec entrain. Mon amie, choquée, sort son téléphone pour filmer la scène et avoir des preuves du forfait. Ce geste aurait dû calmer la professeure mais elle se met à frétiller sur la table et lancer des regards langoureux en direction du téléphone.

Mon amie en perd ses moyens. L’homme, ayant entendu du bruit, tente de se relever. Mais la professeure, avec son hautbois, lui appuie sur la tête. L’homme reprend de plus belle son travail dans des bruits de sucions que la musique peine à couvrir. Mon amie, ébranlée, pose son téléphone, se penche, déboucle la ceinture de l’homme, lui baisse son pantalon, pour, m’écrit-elle, pour filmer quelque chose de plus accablant. Elle soulève le t-shirt de la professeure, fait sortir les seins du soutien-gorge, et, enfin, les pinces pour qu’ils rougissent. Et elle vit que cela était bon. A filmer.

L’homme lâche alors la hautboïste pour se branler, à quatre pattes. Celle-ci en profite pour se branler à son tour avec le hautbois, dans des contorsions acrobatiques. Mon amie filme l’instrument qui coulisse sur le clitoris large. La musique devient de plus en plus folklorique. L’homme se redresse. Une belle queue, large, épaisse d’environ douze centimètres de longueur. Il fait face mon amie, lui demande si elle veut sucer, ce qu’elle refuse. Sans se démonter, les jambes écartées, l’homme se branle vigoureusement tandis que la professeure continue sa musique. L’air s’emplit d’un mélange détonant de râles masculins et de notes graves. Soudain, il se tourne vers la joueuse et éjacule sur le hautbois, bouchant un ou deux trous au passage. L’obturation des trous provoque un canard monumental mêlé au cri de mâle en rut.

– Voilà, tout ce que je sais.
– Comment votre amie pouvait-elle connaître la taille du sexe de cet individu, questionne Pascal
– Oh, mon amie à l’oreille parfaite !
– Quel est le rapport avec sa précision métrique ?
– Si elle à l’oreille parfaite, elle doit avoir l’œil parfait non ? »

Devant un constat aussi implacable, Pascal lassé de ces histoires de cul, continue de prendre la main-courante. Main-courante, se dit-il, pour une fois que le jargon est approprié à la situation. Pascal demande le nom de l’individu, le nom de la professeure, l’heure exacte, où est stocké le film de la scène, mais la femme ne peut lui fournir aucun de ses détails précieux.

A peine Pascal a-t-il fait sortir la femme de son bureau, que Florine y entre. Il apprécie la nouvelle OPJ, arrivée à la gendarmerie depuis quelques mois. Il est impressionné par son calme, et, sa capacité à prendre des décisions, en analysant les situations, les causes et les effets à partir de critère logique alors que lui, Pascal, préfère la diplomatie et ne fâcher personne. Florine a d’ailleurs étudié, avec minutie, chaque déposition de l’affaire, et a conclu que ces histoires étaient racontées par la même personne. Il trouve cette idée ridicule : les femmes qui sont venues porté plainte n’ont aucun point commun.

Pascal déteste quand Florine est pointilleuse, et, en la voyant entrer dans son bureau, il espère qu’elle ne vient pas pour lui rappeler un détail. Non, Florine vient seulement lui annoncer qu’une nouvelle femme est là pour témoigner à la place de son amie. Pascal regarde Florine s’éloigner, il contemple ses cheveux courts, sa silhouette sportive, son arme sur la hanche et se dit, qu’un jour, il aimerait connaître le dessin de sa chatte. Mais Pascal, ne prend jamais ce genre d’initiative.

Avant qu’il n’ait eu le temps de prendre un café, avant même qu’il ne puisse soulager sa vessie et la tension qui l’habite depuis qu’il vient de penser au sexe de Florine, une jeune-femme aux yeux verts, est entrée dans son bureau et lui parle. Ma meilleure amie m’a envoyée un mail, raconte-t-elle. J’ai à peine eu le temps de le lire que ma boîte mail à bugger. Toujours pareil, songe Pascal. Un message d’erreur du type « un script malveillant a été détecté » s’est affiché sur l’écran. En tentant de rouvrir ma boîte mail, impossible de retrouver son message. Mais je m’en souviens presque mot pour mot. Mon amie me demandait, avec insistance, de contacter la gendarmerie pour elle, car elle avait trop honte. Faut dire que c’est gênant comme histoire. Moi-même, je n’ose la raconter, mais bon, pour les amies, on ferait n’importe quoi, n’est-ce pas ?

Pascal pose les questions d’usage sur la civilité de cette dame, sur celle de son amie, puis il lui demande de continuer, tout en prenant note de ses dires.

«En rentrant du travail vers 19h –vous savez mon amie travaille tard, elle est conseillère clientèle bancaire, et finit ses dossiers bien après la fermeture de l’agence, je lui ai déjà dit ne pas s’user la santé comme cela, mais… oui, oui je continue mon histoire-, en rentrant chez elle, elle trouve un homme dans son salon. Il regarde un film pornographique sur sa télévision. Choquée, mon amie reconnaît son voisin – c’est pour cela qu’elle ne veut pas porter plainte. Je lui ai déjà dit que son voisin était bizarre, mais… oui, oui, je continue mon histoire- elle s’approche de lui et s’aperçoit avec affolement, qu’il est nu, qu’il porte des bas et de magnifiques escarpins rouges. N’osant plus bouger, elle le regarde de loin et voit qu’il se masturbe. Ne sachant que faire, mon amie sort son téléphone pour filmer la scène. Son voisin se rend compte de sa présence, puis en apercevant le téléphone, il tend ses fesses vers elle, tandis que deux femmes se lèchent sur l’écran. Les bas serrent un peu trop les cuisses de cet homme, et les pans de sa robe retombent régulièrement sur ses fesses au rythme de ses mouvements de main.

Il se –je suis gênée monsieur de raconter tout ça, vous imaginer il se, comment dire… enfin… oui, oui, je continue mon histoire- alors, donc, il se branle avec énergie tout en gémissant. Soudain, il s’arrête, et, – excusez, moi monsieur le gendarme, pour ce que je vais dire- il écarte ses fesses pour monter son – ah non je ne peux pas dire ça !.. oui, oui je continue – donc, il montre, son, son anus, quoi ! Il se lèche le doigt, se caresse les fesses, puis tourne autour de son anus.

Mon amie continue de filmer avec son téléphone. On aurait dit qu’il prenait un plaisir pervers à se montrer. Il lèche à nouveau son doigt et l’introduit dans son anus. Il tourne doucement pour l’entrer en entier, il fait des va et viens. Et le pire, monsieur le gendarme, le pire c’est qu’il gémit de plaisir, remue les fesses comme une fille ! Il se cambre de plus en plus, râle, crie. D’un coup, il se retourne vers elle, les yeux brillants, et se fait éjaculer sur son canapé – Sur son canapé ! Vous vous rendez-compte monsieur le gendarme ? Les tâches ? Oui, oui…je continue-. Mon amie – ah je l’admire sur ce coup-là ! – s’est mise en colère et lui a demandé de lécher le sperme qui tachait le cuir marron. Le pire, c’est qu’il accepté –il est vraiment taré !- Il a tout léché, se penchant en avant en sachant très bien que ses fesses se reflétaient dans la télévision.

– La vidéo de votre amie serait utile. Savez-vous si elle accepterait de la faire parvenir, même de manière anonyme ? demande Pascal pour vérifier s’il obtiendrait à nouveau la même réponse.
– Non, elle l’a effacée par une mauvaise manipulation de son téléphone.
– Donc, récapitule Pascal, un homme s’introduit chez votre amie, a des comportements de natures sexuels, et, votre amie n’ose pas porter plainte car elle a honte, et elle vous envoie à sa place. C’est bien cela madame ?
– Oui.
– Bien, signez- ici
– C’est tout ? Mais c’est un fou ! Il faut faire quelque chose !
– Nous allons faire notre travail, madame. Je vous remercie d’être venu nous parler de cette histoire.

Pascal se fait violence pour faire sortir la femme rapidement, sans pouvoir la rassurer. Il aurait préféré prendre le temps de l’écouter encore et faire en sorte qu’elle sente bien en partant. Pascal déteste cette accélération permanente de son travail qui se fait au détriment du public. Il en a déjà parlé, mais dans la gendarmerie, vous savez, ce genre de considération… Mais bon sang ! Bien sûr ! C’est comme dans l’affaire du cunni en pleine manifestation pour la sauvegarde des baleineaux nains !

Il se souvient parfaitement de la demoiselle venue porter plainte de la part de son amie. Elle avait des yeux bleu-pale, une coupe au carré, blonde, maigre. Elle était DJ. Pascal s’en souvient, car les femmes DJ, c’est rare. Là encore, la femme lui avait parlé du téléphone, de la vidéo effacée, de la honte. Mais la demoiselle se souvenait parfaitement de chaque mot de son amie. C’est étrange, se dit Pascal, toutes les plaignantes sont des femmes et utilisent les mêmes mots. L’affaire du cunni est la pire l’histoire qu’il ait entendu depuis deux semaines. L’amie de la DJ avait quitté le cortège de la manifestation pour aller faire un petit pipi dans les fourrés du jardin public. Là, elle avait surpris un homme en train de prodiguer un cunni à une chatte. A une chatte ! Pascal se demande encore, comment cette fille avait pu voir que le chat était une femelle, alors que l’homme avait la tête entre les cuisses de l’animal. La demoiselle lui avait ensuite raconté par le menu détails, le pelage de la chatte, ses petits miaulements et l’attitude très douce de l’homme. Cependant, Pascal est tiré de ses réflexions par des cris de Florine

– Viens, viens, Pascal ! Pascal ! Viens tout de suite !

Arrivée dans le bureau de sa collègue, Pascal la surprend, la main dans le pantalon bleu-marine. Elle est assise sur sa chaise, face à l’écran et se masturbe en regardant une photo de bite envoyée par un de ces lourdauds que l’écran désinhibe. Elle pousse de petits gémissements, en se léchant les lèvres, et….
– Pascal, qu’est-ce que tu fais ?

Le nouvel appel de Florine, le ramène à sa dure réalité. Il fantasme un peu trop ces temps-ci. Surement, toutes ces histoires de cul, se dit-il. Il rejoint sa collègue, toujours aussi précise et calme.

– Regarde Pascal, j’ai un mail d’une de mes amies me demandant d’aller, à sa place, porter plainte à la gendarmerie pour séquestration.
– Ne le ferme surtout pas !
– Tu sais bien que j’ai la tête froide et que je ne laisse pas l’émotion prendre le dessus

Pascal ne le sait que trop bien. Il l’aurait bien emmené boire un verre, ou coincé entre deux portes. Mais, il n’a jamais osé. Cette fois l’histoire envoyée est un peu facile car il s’agit d’une séquestration de quinze jours. Mais ce qui est original, c’est que l’amie de Florine raconte qu’elle n’a subie aucune violence sexuelle. Elle s’était rendue chez son nouvel ami, après quelques classiques rendez-vous. Ils avaient tout juste passé le seuil de l’entrée, qu’il se mit à la déshabiller, jusqu’à ce qu’elle soit en culotte. Pour une fois qu’un homme est entreprenant, précise l’amie dans son mail, c’était très agréable. Il l’embrasse, ôte sa chemise et lui sert un verre. Il s’assoit dans le canapé, et pour ne pas paraître coincée, l’amie ouvre le pantalon de l’homme, puis goba sa queue sans ménagement. L’homme se laisse faire avec un sourire, puis redresse la jeune femme, lui baise le ventre, les cuisses, et peu à peu fait descendre la culotte. C’est là que se produit l’incroyable. A peine a-t-il découvert le pubis, qu’il la pousse dans chambre et l’enferme à clef. Quelques heures plus tard, il la laisse se promener dans l’appartement, mais il avait tout fermé à clef, pris son téléphone et coupé l’accès internet. L’homme explique, alors, qu’elle pourrait repartir dans une semaine environ quand ses poils pubiens auraient repoussés.

Florine fait une capture d’écran de ce texte. Pascal précise que ces histoires devenaient de plus en plus improbables avec le temps. Florine examine la narration :  les phrases sont plates, sans imagination, le vocabulaire pauvre, la grammaire simpliste, comme dans toutes les dépositions reçues.

– Après tout, dit Pascal, nous n’avons pas affaire à des romanciers.
– Impossible d’accéder aux adresses IP, elles sont dynamiques.

Avec les faibles moyens mis à leur disposition, les deux gendarmes n’ont pas la capacité de faire eux-mêmes les recherches complexes qui s’imposent, et, bien sûr, les services compétents sont débordés. Florine se souvient qu’à la fac, il existait des logiciels pour détecter les plagiats. Elle déniche une de ces applications, en appelant un de ses professeurs. Elle fait lire chaque déposition par le logiciel. Il en ressort que les mots sont récurrents, et que la construction des phrases semblent provenir d’un même algorithme. Euréka ! Un même algorithme, répète Pascal. Oui, cela expliquerait pourquoi ces femmes avaient un discours assez semblable et, pourquoi elles avaient bien retenu les mots simplistes de leurs «amies». L’enquête prenait un nouveau tour ! C’est un robot, programmé pour de l’écriture automatisée qui avait rédigé ces mails.

Il fallait maintenant trouver le concepteur de ce robot écrivain. Pascal inscrit sur son dossier : Affaire du bot à fantasmes.


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

17 commentaires sur “La bot à fantasmes

  • Fatalys

    « Du coup cela m’a donné l’idée de sortir des brouillons une « histoire érotique » sur mon blog. Tu me dirais ce que tu en penses ? »
    Et dire que ce n’est qu’un brouillon… heureusement que j’étais prévenu ! :)

    C’est très bien écrit. J’ai souri à la lecture de certains détails qui ne m’étonnent guère venant de toi (je connais peu de monde qui aurait cité « la basse-danse dite de la Fosse » ou la fameuse « manifestation pour la sauvegarde des baleineaux nains ». Enfin, ce qui change des histoires que j’ai pu lire jusqu’à présent, c’est le cadre dans lequel elle se déroule. Ce côté polar, l’attachement à ce personnage qui pourrait être récurrent dans une suite…

    Franchement, j’adhère et j’adore.

    • MarieTopic Auteur de l’article

      Merci Fatalys ! J’ai du mal à commettre des histoires érotiques car il me faut être plus factuel.

  • mars

    De l’érotisme au K. J’espère que celui là tu vas l’envoyer quelque part, entre sourire et plaisir, pour qu’il soit publié. C’est vraiment bien.

    • MarieTopic Auteur de l’article

      C’est ici car ce fut refuser ailleurs. Je devrais tenter de l’envoyer à des plateformes pour histoires érotiques.
      Merci pour ton retour Mars

  • Comme une image

    Je ne suis pas un fana des textes longs (pour les blogs en tout cas) mais ici, je l’ai lu gloutonnement, d’une traite, en me délectant de cette histoire « joyeusement improbable » comme le dit si justement Pierre.
    Un délice !

  • xaddict

    Jubilatoire. Un début ou on se demande le contenu de la plainte, et puis les surprises qui arrivent en palier.
    C’est drôle et la chute amusante. Mummm Florine … Florine. Bravo