Jouer son rôle 2


dindongrand

La lumière éclaire la scène, je suis assise dans le noir, je suis assise et j’écoute, je cherche à deviner la salle, je vous vois dans le clair obscur, je vous imagine, j’imagine que vous êtes assis dans le demi-noir sur un fauteuil rouge, rouge et confortable, je vous imagine nu dans votre pantalon rouge. Votre chemise blanche perce les frontières de l’invisible. Vous avez une nouvelle paire de chaussures, ou une paire de chaussures que je ne connais pas. J’ai deviné, puisque vous n’y étais pas hier, j’ai deviné que vous y seriez aujourd’hui. C’est votre pantalon rouge qui vous trahira.

Dans le noir, j’attendrais que mon tour vienne, je n’ai que quelques colères à dire, je n’ai qu’une phrase ou un mot quand il faut, à ce moment là, pas un autre moment. J’attends et je serre les cuisses sur ma chaise, rouge elle-aussi. Une autre fois ma jupe sera rouge. Cette fois-là, je suis bien assise, comme une femme sage, j’attends et je serre les cuisses et mon sexe réagit. Il mouille et je vois votre queue, juste sortie du pantalon, érigée, dure. J’ai envie de la lécher dans tous les sens, de monter et de descendre, de prendre le temps jusqu’à vous demandiez grâce. Je serre les cuisses sur ma chaise dans le noir. J’espère que vous serez dans le clair-obscur de la salle. J’imagine le bâton de cuir, j’imagine que je le frotte sur mes lèvres. Tu sais j’ai des frissons, je voudrais accrocher ton regard, j’ai des frissons dans la nuque, seule sur ma chaise, j’attends.  Je passe le bâton entre mes cuisses à l’entrée du vagin, je voudrais l’enfoncer et me raidir sur ma chaise, écarter les cuisses, mal se comporter, des choses qu’on fait.

Derrière les projecteurs, vous auriez été là dans le noir des spectateurs. J’aurais été dans la lumière le temps d’un saut de mots, la lumière est rouge tu sais. Là dans le noir, sur les planches, pieds plantés dans la réalité, tête dans les émois, instinct dans le mental, j’aurais entendu votre rire dans l’obscur. Le texte dirait nos émois, nous nous serions vu de part et d’autre de la scène, de part et d’autre du tacite rideau qui fait de vous un spectateur, qui fait de moi l’acteur immobile, Nous aurions revu la dernière chambre blanche où la tête en arrière, je gémissais faisant valser, sur le sol, la tasse de café. Ou la coupe de champagne. Ou le verre d’eau. Ou la chambre avec les draps gris. Ou la-même avec le miroir. Là dans le noir vous auriez souri, alors que je n’aurais pu que rêver, tapisserie vivante.


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