Jeunes hommes 1


Debout, il ramasse sa trousse et la fourre dans son sac à dos. Il ne ressemble à rien. Disons à rien de précis. Non à rien, selon les critères de beauté moderne que nous ingurgitons sans même y prendre garde. Vingt-ans plus tôt, je ne lui aurais jeter ni un œil ni une langue au chat. Rien. Il est là devant moi et il me trouble. Il consulte l’agenda  de son voisin. Des mains simples. Une tête ronde sans relief particulier. Un vêtement banal. Une paire de basket. Jeune, deux fois plus jeune que moi. Vif et droit. Mes yeux sans cesse reviennent vers lui sans comprendre. Pas de corps d’Apollon comme son voisin sportif. Pas de verbe galant ou de saillies littéraires. Il passe son sac au-dessus de l’épaule. Au revoir madame.

Je sens sa main dans mon cou, ma peau frissonne. Simple. Son odeur m’enivre lorsque le roulis du métro ramène son corps contre le mien.  Sa bouche se fait mienne. Nos corps s’envoutent. Je suce son pouce. Je me souviens de ses doigts qui mènent au paradis. C’est lui, en plus jeune, c’est lui et il le ne sait pas. J’ai gouté au sexe de double plus ancien.

Assis, les yeux fuyants, je me demande ce qu’il a dans le ventre. Il attend  qu’on vienne à lui.  Même s’il s’efface, je le vois. Il se cache sous un corps un peu gras et se dissimule derrière un bouc. Il vient du pays des petites montagnes de l’Est. Il est large et manque de confiance en ce qu’il est. Il est déçu de pas oser. Il est déçu qu’on ne lui permette pas d’oser. Il désorbe aux regards ses regrets. Je le vois.

Je sens sa corde autour de mon cou, son nez qui renifle ma chair. Son corps mouille le mien. Sa carcasse danse la mienne. Il sait maintenant. Les filles lui tombent dans les bras. Il les enserre. Il les libère. Je sens encore son sexe sous mon talon. C’est lui en plus jeune, et il ne sait pas que j’ai accroché la cravache au clou .

Il joue sûr de lui, celui qui sait et fait rire. Il joue si bien son rôle qu’on pourrait y croire. Lui-même se laisse prendre au piège de son assurance. Il fait du sport, épaules plus larges que les autres jeunes, cheveux gominés, il croit savoir. Je le vois dans le lit perdre pied s’il un grain de sein s’invite au bal.

Je l’ai croisé à peine plus vieux, musclé comme un pompier de calendrier. Il sait faire (il croit), il change de position toutes les trois secondes et demi. Prends le temps jeune-homme. Prends le temps de murir sous l’arbre de la connaissance. Prends le temps de baiser une chatte avec une longue langueur. Prends le temps de caresser un sexe souple. Apprécie la beauté d’une chair jouissante.

Il est petit, maigre avec un air de ne pas y toucher. Il développé sa propre méthode de travail. Il pose beaucoup de questions. Il ne sait pas bien, il doute aussi. La science est un rempart propice. Il ne boit pas, ne fume pour la baise je n’en sais rien foutre rien. Madame, dit-il, puis-je vous poser une question.

Un jour dans un lit, il saura faire jouir. Il voudra faire jouir. Il aura la subtilité. Il apprendra qu’il n’est pas obligé de tout maitriser. Il aura besoin de connivence pour bander. Il aimera les filles spéciales et le balais de la cour sera un souvenir lointain. Son sexe aura le goût de son âme.

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Il habite son corps, il crève la scène. Torse large, jambe ancré et musclé. Combi-short d’écolier, bleu clair. La moitié de son visage est recouvert d’une peinture brillante. Cheveux court de petit chanteur. Il déclame. Il se déshabille. Son sexe minuscule contraste avec sa silhouette. Peignoir. Il ne ressemble à rien que je connaissance. Rôle. Quel homme se cache derrière sa nudité ? Caleçon jaune, il crève la scène, partout à la fois. Il tient en haleine. Nu à nouveau dans une piscine d’eau (froide ou tiède ?). Cul épais. Je crois qu’il te plairait.

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